DUI et pratiques professionnelles

Dossier usager informatisé : des effets « transformants » dans les ESSMS

Article paru dans le Média Social le 16 mars 2026

Suite aux retours du terrain, la CNSA tire un bilan positif de l’usage du dossier usager informatisé (DUI) dans les établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESSMS) du secteur du grand âge et du handicap. Écrits professionnels plus ciblés, valorisation des métiers peu visibles, amélioration de la continuité des parcours sont mis en avant.

Implanté dans près de 80 % des établissements et services sociaux et médico‑sociaux (ESSMS) du champ de l’autonomie, le dossier usager informatisé (DUI) produit des « effets transformants » dans les structures, observe la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA).

Pour en documenter les impacts, elle a analysé les usages du DUI dans cinq structures pionnières des champs du grand âge, du handicap et du domicile.

Les résultats sont synthétisés dans cinq monographies qui concernent un institut médico-éducatif (IME) du Val-de-Marne, une association gérant des structures pour personnes handicapées (SAVS, foyer d’hébergement et Esat) dans le Bas-Rhin, un service de soins infirmiers à domicile (Ssiad) dans l’Yonne et deux Ehpad en Mayenne et dans le Puy-de-Dôme.

Évolution des pratiques

« Les retours de terrain mettent en évidence une évolution nette des pratiques professionnelles » grâce au DUI, se félicite la CNSA.

En particulier, les écrits professionnels sont « plus ciblés [et] utiles »« la formalisation des interventions gagne en qualité et la coordination interdisciplinaire se renforce ». En outre, l’outil « facilite la circulation sécurisée de l’information ».

Les professionnels de l’IME témoignent de l’intérêt du DUI pour transmettre les informations à leurs collègues. Il permet notamment « de mieux comprendre certains comportements des jeunes lors des activités (fatigue, agitation à la suite d’une crise nocturne par exemple) », est-il indiqué dans la monographie.

Valoriser les métiers

L’usage du DUI permet par ailleurs de valoriser des métiers « parfois peu visibles » (animation, ergothérapie, entretien…) grâce par exemple à des rubriques dédiées. La monographie de l’IME fait aussi remonter la possibilité de valoriser les gestes « invisibles », comme les temps de réassurance la nuit, via des champs spécifiques ou des commentaires.

L’outil assure également un certain gain de temps sur les tâches administratives (recherche d’informations, préparation des rendez-vous, modèles de documents…), relève la CNSA.

DUI et coupes Pathos

En Ehpad, le DUI permet de produire des données pour les coupes Pathos . Cet outil « a profondément renforcé la qualité et la précision des données mobilisables pour l’évaluation Pathos, grâce à une traçabilité centralisée des antécédents médicaux, des ordonnances et des suivis de soins », avance la CNSA. « Le module dédié à Pathos dans le DUI facilite le lien entre le dossier médical et la charge en soins estimée pour chaque résident. Ce système permet d’avoir une vision affinée de la charge en soins à l’échelle de l’établissement, utilisée pour ajuster les ressources et anticiper les négociations tarifaires », argue-t-elle.

Accompagnement des usagers

Le bilan souligne par ailleurs des « avancées notables en matière d’autodétermination » des personnes accompagnées. Ainsi, dans le champ du handicap, « la formalisation des attentes et besoins soutient la co‑construction des projets personnalisés d’accompagnement », est-il souligné.

De façon plus générale, la CNSA met en avant des parcours « plus fluides et individualisés » ainsi que des choix et préférences des usagers mieux visibles. En outre, les projets personnalisés « sont plus facilement réévalués et partagés entre les professionnels ».

En résumé, l’outil « facilite (…) la continuité de l’accompagnement ».

Planification stratégique

Les gestionnaires y trouveront également leur compte : l’usage du DUI permet « l’accès à des données fiables et actualisées », ce qui « facilite le suivi d’activité et éclaire la planification stratégique », explique la CNSA.

Elle fait également valoir ses « multiples » effets économiques indirects : amélioration de la qualité de vie au travail (« moins d’isolement professionnel »« réactivité et entraide » selon la monographie du Ssiad, réduction des TMS avec la « fin des classeurs lourds » selon celle des structures « handicap »…), montée en compétence des équipes (en particulier sur le numérique), etc.

Un « millefeuille numérique »

Quelques points de vigilance sont néanmoins soulevés dans les monographies. Par exemple, l’IME précise mener un travail de formation et de sensibilisation pour accompagner les équipes sur la qualité des écrits professionnels. En effet, « certaines informations saisies dans le DUI peuvent être accessibles aux familles, ce qui implique une vigilance particulière dans la formulation. Cette démarche vise à renforcer la rigueur, le respect et la pertinence des contenus partagés. »

Par ailleurs, doit être menée une réflexion pour mieux intégrer les divers outils numériques existants. Car les structures utilisent de nombreux logiciels pour couvrir les différents champs de gestion (facturation, ressources humaines, qualité, gestion financière…). Ce qui « génère des doublons de saisie et un empilement d’outils ». Cet effet « millefeuille numérique » doit être limité.

Partenariat entre la HAS et la Cnil sur le numérique en santé

La Haute Autorité de santé (HAS) et la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) ont signé, le 10 mars, une convention de partenariat visant à « renforcer les bonnes pratiques, notamment en matière de protection des données personnelles et de promotion des droits fondamentaux liés aux outils numériques dans le secteur sanitaire, social et médico-social ».

Leur action s’articulera autour de plusieurs enjeux, notamment la prise en compte des exigences liées au « développement pertinent » du numérique et de l’IA dans la pratique, en lien avec l’évaluation des ESSMS.

Virginie FLEURY

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