La sinistralité dans le cam de l'autonomie bat des records

Accidents du travail : les professionnels du handicap et du grand âge en première ligne

Article publié dans les ASH le 23 juillet 2026

On recensait en 2023 plus de 127 000 accidents du travail chez les professionnels de la santé et de l’action sociale. Des chiffres qui s’expliquent en partie par la faible culture de la prévention dans le secteur.

Le travail social, un métier à haut risque ? Les professions de la santé humaine et de l’action sociale se classent en tous cas sur la plus haute marche du podium de celles qui généraient, en 2023, le plus d’accidents au travail selonune étude de la Dares dévoilée le 21 juillet. Au total, sur les 668 510 accidents du travail recensés cette année-là, on en comptait 127 959 dans ces secteurs, dont 6 644 jugés « graves ». Soit davantage que dans le commerce et la réparation automobile (87 114), l’industrie (80 159), la construction (72 672), le transport et l’entreposage (57 848) ou l’intérim (42 411).

Sinistralité 2,5 fois plus élevée

La durée moyenne des arrêts s’élevait à 48,1 jours – correspondant à 1 % du volume total de travail de l’ensemble des salariés du secteur –, soit la troisième plus longue après le transport et l’entreposage (55,3 jours) et la gestion des eaux, des déchets et la dépollution (52,7 jours). Deux secteurs se révèlent particulièrement accidentogènes : les activités liées aux personnes âgées ou en situation de handicap. Et plus généralement dans les structures de plus de 250 salariés.

Des données qui recoupent celles qu’avait déjà compilé l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), dans le troisième volet de sa série de rapports consacrés à l’attractivité des métiers du socialpublié en février 2026. Dans celui-ci, plus spécifiquement axé sur la qualité de vie et les conditions de travail dans le secteur, les inspecteurs y faisaient état d’un niveau de sinistralité 2,5 fois supérieur à la moyenne nationale et « 1,7 fois plus élevé que dans le domaine du BTP ».

Une faible culture de la prévention

Étaient particulièrement pointés du doigt les domaines des services à domicile, du soin et de l’aide, les Ehpad (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), les accueils de jour, les maisons d’accueil spécialisées, les foyers et les établissements d’accueil médicalisés. Au-delà de son effet négatif sur l’attractivité des métiers du social, ainsi que sur le turn-over des équipes, ce taux important d’arrêts maladie dans le secteur a un coût, estimé par l’Igas à 20 000 équivalents temps plein en 2023. Soit 0,9 milliard d’euros.

Si les études menées au niveau de la branche ont convaincu les experts que le niveau de sinistralité était susceptible de diminuer, les différentes stratégies mises en place à cette fin depuis 2018 (rapport El Khomri, « Ségur de l’investissement », concours de la CNSA sur l’attractivité) n’ont pas permis de renverser la vapeur. « Le secteur reste morcelé dans sa structuration professionnelle et souffre d’une culture de la prévention faible », déplorait l’Igas qui préconisait alors la mise en place d’un plan d’action appuyé sur le triptyque formation des salariés, implication des managers et investissements massifs pour remettre aux normes de sécurité les équipements et les locaux.

Benjamin d’ALGUERRE 

Retour en haut