La transformation en Île de France

Handicap : en Île-de-France, la transformation de l’offre bouscule les associations

Article paru dans Le Média Social le 19 octobre 2026

Alors qu’un projet d’instruction doit accélérer la transformation de l’offre pour les enfants handicapés, l’Île-de-France a déjà engagé sa réorganisation. Le déploiement des plateformes soulève de nombreuses questions chez les associations.

Initiée depuis près de dix ans, la transformation de l’offre médico-sociale pour les enfants et jeunes handicapés s’accélère avec la parution prochaine d’une instruction relative à sa « déclinaison territoriale ». Un projet de texte qui suscite des réserves, notamment de la Fehap (voir encadré).

Dans certains territoires, les acteurs n’ont pas attendu la publication de cette instruction pour engager le mouvement. C’est notamment le cas de l’agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France qui a lancé sa stratégie en octobre 2025.

Un an après ce coup d’envoi, Stéphanie Talbot, directrice de l’autonomie à l’ARS, a présenté l’état d’avancement de cette démarche lors d’un séminaire de l’Unapei Île-de-France, le 15 octobre.

L’enjeu est de taille pour cette région nettement sous-dotée en solutions médico-sociales au regard de sa population. Des chiffres de 2024 font état de 7,5 places pour 1 000 jeunes de moins de 20 ans, contre 10,4 en France métropolitaine.

Accompagnement personnalisé

Dans ce contexte de pénurie, l’ARS impulse une réorganisation de l’offre selon les principes nationaux qui guide la transformation du secteur : il s’agit d’offrir « un accompagnement personnalisé, inclusif et modulable, tout en garantissant une réponse inconditionnelle et de proximité, y compris pour les situations complexes », rappelle-t-elle.

Pour cela, l’ARS s’est inspirée de la démarche engagée en Seine-et-Marne qui a enclenché le mouvement il y a près de dix ans.

Plateformes

Concrètement, les établissements et services franciliens sont chargés de se transformer, d’ici fin 2027, en plateformes devant proposer plusieurs modalités d’accueil (hébergement, accueil de jour, Sessad) ainsi qu’une fonction « ressources » pour le milieu ordinaire (écoles, clubs de sport…) pour faciliter l’inclusion des enfants handicapés.

Quatre parcours sont déterminés en fonction des types de déficiences : le parcours « troubles du neurodéveloppement », le parcours « difficultés psychologiques et troubles comportementaux », le parcours « handicap moteur et polyhandicap » et le parcours « troubles sensoriels ».

Zones d’intervention

Des « zones d’intervention par parcours » (Zipa) sont en train d’être déterminées dans les départements afin que chaque territoire dispose d’une plateforme par parcours.

« Ce découpage est défini entre les organisations gestionnaires et les délégations départementales des ARS », assure Stéphanie Talbot alors que des craintes s’expriment sur la co-construction de ces nouvelles organisations (voir la Fehap en encadré).

Certaines Zipa sont pilotées par un seul organisme gestionnaire mais peuvent aussi s’associer à d’autres pour offrir l’ensemble de la palette de services.

Porte d’entrée unique

Aujourd’hui, « 57 plateformes sont créées » et « nous avons fusionné les autorisations de 124 ESMS », précise Stéphanie Talbot. D’ici fin 2026 « 34 nouvelles plateformes seront en place, ce qui fera 91 plateformes ».

Principal intérêt de cette organisation pour les familles : la mise en place d’une porte d’entrée unique. « Alors qu’avant, les parents devaient, une fois la notification MDPH reçue, contacter tous les ESMS susceptibles d’accueillir leurs enfants, elles n’auront désormais qu’un seul interlocuteur, la plateforme, qui trouvera une première réponse sur le territoire », détaille Stéphanie Talbot.

Pour elle, cette organisation doit aussi permettre de « lutter contre les inégalités territoriales » et devrait « être un outil de programmation de l’offre plus efficace ».

Mais elle ne suffira pas à combler le déficit d’offre, qui nécessitera des crédits supplémentaires, reconnaît-elle.

Évolution des métiers

Sur le terrain, cette transformation entraîne de multiples changements. Pour les professionnels d’abord : « leurs métiers vont devoir évoluer puisque les professionnels de terrain devront davantage accompagner les jeunes « hors-les-murs » » et « en coopération avec d’autres acteurs », indique Marie Gosselin, conseillère territoriale de Nexem en Île-de-France.

En outre, « le rôle des directeurs va changer car ce n’est plus la même chose de diriger une plateforme qu’un ESMS », pointe Benoît Veyrines, directeur régional d’APF France handicap.

Stratégie immobilière

Les enjeux portent aussi sur les stratégies immobilières des gestionnaires. Ce passage en plateforme peut en effet nécessiter l’adaptation des locaux, voire des déménagements de site pour couvrir l’ensemble du territoire.

Des questions budgétaires se posent aussi, en particulier pour financer le temps de coordination de l’accompagnement ou de l’appui ressources.

Craintes des associations

Dans ce grand chamboulement, les associations adhérentes à l’Unapei Île-de-France émettent plusieurs craintes. « Il ne faudrait pas qu’en cas de dysfonctionnement, ce soit aux familles de prendre le relais », prévient Élisabeth Lammers, vice-présidente de l’Unapei.

Par ailleurs, « que vont devenir nos associations dans un monde transformé en plateformes chargées de fournir des prestations ? », interroge un autre intervenant. Il craint que les rapprochements entre gestionnaires nécessaires à la création des plateformes, ne conduisent les associations « à perdre leur substance ».

En réponse, le président de l’Unapei Île-de-France, Bruno Lefebvre, invite les associations adhérentes à « examiner ce qui doit changer pour préserver leurs valeurs ». « Nos associations créées il y a 60 ans ont déjà vécu de nombreux changements. Avec cette transformation, il va falloir, une nouvelle fois, nous renouveler. Les conseils d’administrations doivent s’interroger et réfléchir à ce qu’ils veulent faire de leurs associations », conclut-il.

La Fehap réclame des garanties

Alors qu’un projet d’instruction en préparation organise la déclinaison territoriale de la transformation de l’offre des ESMS pour enfants handicapés, la Fehap rappelle que « cette transformation ne peut réussir sans les professionnels et les organismes gestionnaires qui la feront vivre au quotidien ».

Elle appelle à « assortir cette réforme de garanties indispensables : pas d’uniformisation des accompagnements ni de dilution des expertises spécialisées, pas de zonage imposé sans diagnostic territorial partagé, pas de modèle organisationnel unique ni de regroupements ou de fusions érigés en objectifs implicites ».

Selon la fédération, la coordination des parcours doit être « organisée de manière collégiale, à partir des besoins de l’enfant et avec sa famille, dans le respect des responsabilités de chaque établissement et service ».

Noémie COLOMB

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