Sport handicap

Le sport, une pratique qui s’installe dans le travail social

Article publié dans La Média Social le 21 novembre 2024

On a beaucoup parlé de ses vertus en cette année de Jeux Olympiques et Paralympiques : mais au-delà du dépassement de soi, le sport a-t-il une utilité dans l’accompagnement des publics vulnérables ? Notre dossier long format de la semaine explore comment, un temps cantonné à l’accompagnement des jeunes des quartiers, le sport à visée sociale a élargi son impact et professionnalisé ses acteurs.

Vecteur de partage, de médiation entre les individus ; source de remobilisation et d’intégration pour les personnes vulnérables ou marginalisées ; outil de canalisation et d’acquisition de savoir-être pour d’autres… Le sport est certes bon pour la santé, mais ses bienfaits sont bien plus larges !

Une nouvelle approche

Et le champ de l’action sociale ne l’ignore pas, lui qui recourt à l’activité sportive comme support de la relation depuis plusieurs dizaines d’années. Mais des prémisses du sport à visée pacificatrice auprès des jeunes des quartiers, dans les années 80, à la pratique actuelle du « socio-sport » revendiqué par certains, l’approche des acteurs a énormément évolué. À à la faveur de travaux de recherche en sociologie et de l’émergence, à partir des années 2000, d’associations de pratique sportive à visée sociale.

Pas de pouvoir magique

Ainsi, le sport n’est plus, désormais, considéré comme un remède en soi, qui fonctionnerait à tout coup. « Il n’a pas de pouvoir magique », prévient d’emblée Sanoussi Diarra, cofondateur et délégué au développement de l’association socio-sportive Rebonds!. Le sport peut d’ailleurs aussi « être violent, compétitif, excluant ou donner lieu à de la triche », rappelle l’ancien rugbyman professionnel.

Et s’il s’adresse aujourd’hui à un public très large, des jeunes délinquants aux personnes en situation de handicap, aux femmes victimes de violences, réfugiés, mineurs non accompagnés (MNA)… il s’inscrit dans un contexte et des objectifs bien précis. 

Une ingénierie sociale 

« Deux heures de rugby par semaine avec des réfugiés, ça ne vaut pas rien, mais ce n’est pas suffisant. Il faut distinguer le socio-sport de l’activité physique et sportive. Le « socio-sport » procède d’une ingénierie sociale pour obtenir des résultats », précise ainsi Sanoussi Diarra. 

Autrement dit, « l’impact d’une action va dépendre de qui la met en place, comment, de la pédagogie et des compétences des acteurs », abonde Aymane Dahane, sociologue du sport au laboratoire Sport & sciences sociales à l’Université de Strasbourg. À la faveur de travaux de recherche en sociologie et de l’émergence, à partir des années 2000, d’associations de pratique sportive à visée sociale, de nouveaux métiers se sont en effet développés, à la croisée du travail social et du mouvement sportif. 

Un outil d’accompagnement

Ainsi de l’association Apels (Agence pour l’éducation par le sport), qui se concentre sur l’insertion professionnelle des jeunes des quartiers de la politique de la ville (QPV). L’association Kabubu travaille quant à elle auprès de personnes réfugiées. Breizh insertion intervient dans des centres d’accueils pour demandeurs d’asile (Cada), auprès de mineurs non accompagnés et de la PJJ, ou au sein de CHRS. 

« Dans le socio-sport, on observe le comportement sur le terrain pour ensuite l’utiliser dans l’accompagnement global de la personne. Et ça, un éducateur sportif « classique » ne va pas le faire », pointe Pierre-Emmanuel Baruch, directeur du Dahlir, une association qui vise à faciliter l’intégration sociale des enfants et adultes fragilisés en les accompagnant au sein de clubs ou associations de loisirs.

Un facilitateur

Mais il ne s’agit pas de se substituer aux travailleurs sociaux. 

« L’éducateur socio-sportif est plus un facilitateur », commente Sanoussi Diarra. Pierre-Emmanuel Baruch, parle d’un « travail croisé » entre le travailleur social et l’éducateur socio-sportif, dans une logique de coopération et de complémentarité… 

Marion LEOTOING

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