Article paru le 15 septembre 2026 dans les ASH
À l’issue de la conférence « travail, emploi, retraite » menée sous l’égide du gouvernement, l’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (Udes) réclame, entre autres, la prise en compte des activités bénévoles et de proche-aidance dans le calcul de la retraite.
« Performance économique et progrès social sont indissociables ». Dans le monde patronal, il n’y a pas que le Medef à profiter de cette rentrée pour avancer ses propositions sociales. L’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (Udes) vient également de s’inviter dans le débat avec la restitution de ses travaux menés à l’occasion de la conférence « travail, emploi, retraites » (TER). Lancée en décembre 2025 par le gouvernement Lecornu, à la suite de l’échec du « conclave » sur les retraites organisé par son prédécesseur François Bayrou, cette conférence nationale était présidée par l’ancien directeur général du travail Jean-Denis Combrexelle.
Son objectif : rassembler les acteurs sociaux pour les inciter à plancher sur les pistes d’une amélioration des conditions de travail, de la sécurisation des parcours professionnels des salariés, d’une meilleure productivité des entreprises et d’une refonte du système de retraite et de prévention de l’usure professionnelle, tout en inscrivant la démarche dans un contexte général de transitions démographiques, écologiques et sociales.
« Repenser la vie professionnelle dans son ensemble »
Après sept mois de travaux, les patrons de l’économie sociale et solidaire (ESS) ont rendu leur copie en attendant la synthèse des productions des acteurs sociaux que le gouvernement s’est engagé à restituer courant septembre. « Le défi n’est plus seulement de réformer séparément l’emploi, le travail ou les retraites. Il consiste à mieux les articuler tout au long de la vie professionnelle », indique l’Udes dans son document final.
Une problématique particulièrement prégnante dans les différents secteurs de l’ESS qui connaît toujours une pénurie de main-d’œuvre – 100 000 emplois d’utilité sociale peinent à trouver preneurs – associée à un vieillissement des effectifs et à une difficulté à faire venir des jeunes dans ces métiers. 500 000 départs à la retraite sont prévus d’ici à 2028 et la part des plus de 50 ans dépasse les 32 % – 40 % dans l’aide à domicile – alors que celle des moins de 30 ans franchit à peine le palier des 17 %.
Le besoin de « repenser la vie professionnelle dans son ensemble » constitue le fil rouge des propositions de l’organisation patronale. Depuis le début de carrière, en faisant du premier emploi une « étape d’investissement dans les compétences » en mettant en place un accompagnement renforcé des nouvelles recrues lors de leur prise de poste et en organisant leur tutorat par des salariés expérimentés, jusqu’à la fin, en permettant aux salariés âgés de servir de mentors à leurs cadets. Tout en prévenant la dégradation de leur état de santé au travail, via la mobilisation facilitée de les dispositifs de transition professionnelle que sont le compte professionnel de prévention (C2P) et le fonds d’investissement pour la prévention de l’usure professionnelle (Fipu).
À cette fin, l’Udes insiste particulièrement sur la nécessité d’instaurer un entretien de seconde partie de carrière pour faire le bilan des compétences et de l’état de fatigue du salarié afin de le guider vers la reconversion la mieux adaptée.
Règle d’or sociale
Dans le cadre de ses préconisations, l’Udes souhaite cependant élargir le spectre de la reconnaissance de l’engagement au-delà de la seule carrière. L’Union des employeurs de l’ESS recommande la reconnaissance des activités bénévoles effectuées dans un cadre associatif ou dans celui de la proche-aidance afin de les comptabiliser dans les cotisations retraites.
Mais au-delà, « la conférence « travail, emploi, retraites » ouvre une perspective nouvelle : celle d’une approche plus cohérente de notre modèle social. L’Udes considère que cette évolution doit désormais se traduire dans la manière même de concevoir et d’évaluer les politiques publiques », souligne l’organisation, qui propose l’instauration d’une « règle d’or sociale » préalable à toute réforme du modèle social français.
Selon cette règle, calquée sur son homologue budgétaire, toute réforme ayant un impact sur l’emploi, le travail ou les retraites devrait être évaluée au regard de ses conséquences sur la qualité de vie professionnelle, l’emploi, le coût du travail, la capacité des entreprises à employer, la prévention de l’usure professionnelle ou encore la transmission des compétences. Et même la cohésion sociale et territoriale.
« Cette règle d’or sociale permettrait de dépasser les approches sectorielles et de construire des politiques publiques plus cohérentes. Une économie budgétaire ne constitue pas nécessairement une économie collective si elle déplace ensuite les coûts vers l’emploi, les employeurs, la protection sociale ou les territoires », juge l’Udes.
Benjamin d’ALGUERRE



