Article paru dans Le Média Social le 2 octobre 2025
Le 2 octobre, les rencontres scientifiques de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) ont exploré les enjeux de la transformation de l’offre médico-sociale. Par exemple, l’évolution des postures professionnelles va nécessiter des compétences plus transversales, ce que porte justement la réforme des diplômes en cours.
« La transformation de l’offre médico-sociale est un outil au service du choix des personnes accompagnées ».
En introduction des 8e rencontres de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), le 2 octobre, son directeur Maëlig Le Bayon, s’est félicité de constater que cette « bataille culturelle [était] quasiment gagnée car nous savons tous qu’il faut transformer l’offre pour mieux respecter les droits des personnes ».
Il a toutefois admis qu’il restait du chemin à parcourir pour « sortir de l’expérimentation et passer à la généralisation » de cette transformation.
Rapport Igas
Pour cela, le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) de mars dernier propose de créer une catégorie unique juridique de structures proposant une « offre modulaire » afin « de ne pas figer l’accompagnement des personnes », a rappelé l’une de ces autrices, Magali Guegan, lors de la première table ronde de la journée. Trois modalités d’accompagnement seraient proposées : l’hébergement, l’accueil de jour et l’accompagnement à domicile.
L’autre recommandation invite à « territorialiser l’offre » en octroyant des « autorisations exprimées en zone d’intervention à couvrir » afin de proposer un accompagnement en proximité des lieux de vie des personnes tout en « évitant les zones blanches ».
Professionnel « mobile »
Dans l’attente des décisions politiques qui doivent être prises suite à ces préconisations, les intervenants ont fait part des questions que pose cette transformation.
En particulier, celle des changements que va impliquer cette évolution pour les professionnels. L’idée est de « passer du professionnel ancré dans une institution à un professionnel mobile qui accompagne la personne dans ses choix de vie », a ainsi prévenu Maëlig Le Bayon.
Nouvelle posture
Mais cette nouvelle posture pose des enjeux de formation et d’identité professionnelle. « L’ensemble du champ médico-social s’est structuré de manière segmentée et avec une logique qui postule la possibilité d’une adéquation entre une offre et des besoins identifiés », se souvient Marcel Jaeger, professeur au Conservatoire national des arts et métiers et président de l’Union nationale des acteurs de la formation et de la recherche en intervention sociale (Unaforis).
Les formations ont suivi ce mouvement et des professions ont été créées pour des publics spécifiques. C’est le cas du métier d’aide-médico-psychologique (AMP) destiné au départ à exercer en maison d’accueil spécialisée. Avec le temps, c’est « une qualification qui a disparu pour être intégrée dans un ensemble plus large [le métier d’accompagnement éducatif et social, NDLR] », poursuit-il.
Deux logiques
Selon Marcel Jaeger, il y a ainsi, dans les métiers du social, « une tension entre deux logiques qu’on retrouve, en philosophie, entre le différentialisme et l’universalisme ». L’une est à la recherche d’ « une réponse la plus juste possible, ce qui amène à des métiers cadrés par l’âge du public accompagné, comme les éducateurs de jeunes enfants ».
L’autre logique vise les capacités à accompagner des publics variés, comme le font les éducateurs spécialisés qui « ont un spectre d’action plus large ».
Dans un cas, « il y a un processus de professionnalisation qui vise l’adéquation de compétences identifiées » ; dans un autre, il s’agit de « prendre en considération des personnes dans leur parcours, dans le cadre d’une approche globale ».
Si, dans la construction des formations, il y a « une recherche d’équilibre entre ces deux axes », Marcel Jaeger reconnaît, qu’ aujourd’hui, avec la réforme des diplômes de niveau 6, « cela va plutôt dans le sens d’affirmer les aspects communs et transversaux » aux différents métiers du travail social.
Savoir expérientiels
Ces enjeux de formation figurent d’ailleurs dans le rapport Igas qui invite à « déployer une offre de formation continue dédiée à la transformation de l’offre et à l’autodétermination dans le champ du handicap, et prévoyant systématiquement l’intervention d’experts d’usage et une initiation aux méthodes de communication alternative améliorée ».
Noémie COLOMB



