S'appuyer sur le pouvoir d'agir des familles élargies

« Il faut oublier qu’on est éducateur » : les conférences familiales replacent les familles au centre

Article paru dans Le Média Social le 17 février 2026

Lors d’un webinaire organisé par la Cnape, fédération des associations de protection de l’enfance, des professionnelles ardéchoises ont présenté l’intérêt des conférences familiales, encore peu déployées en France.

« L’idéal serait qu’un jour les conférences familles soient des conférences citoyennes, que les familles puissent elles-mêmes en faire la demande, sans attendre l’intervention d’un initiateur. »

C’est l’horizon qu’esquissent les coordinatrices ardéchoises Karine Ponsonnet et Esther Lombardot, venues témoigner lors d’un webinaire de la fédération des associations de protection de l’enfant (Cnape) organisé fin janvier sur les conférences familiales en protection de l’enfance.

Aujourd’hui, les conférences familiales restent encore peu déployées en France, mais l’Ardèche montre que cela fonctionne : quatre postes de coordinatrice à temps plein sont financés par l’État dans le cadre d’une expérimentation.

« Cela fait quelques années qu’on expérimente, et nous nous sommes rendu compte que plus on met en place le pouvoir d’agir des familles, plus les solutions trouvées sont extrêmement adaptées et ajustées pour l’enfant », expliquent les deux coordinatrices.

L’enfant au centre du dispositif

D’abord, comme le rappelle la Cnape, la conférence familiale est « un processus de prise de décision porté par une famille et son réseau, en réponse à une difficulté ou un problème à résoudre ».

En protection de l’enfance, elles concernent les enfants de 0 à 18 ans. L’enfant est « toujours la personne centrale du processus », insiste Marie-Pierre Auger, conseillère technique de la Cnape. Sa participation est recherchée autant que possible, en fonction de « son âge, de sa maturité et de son souhait. »

Une question formulée par la famille

La conférence familiale débute par une question formulée par la famille elle-même, « ce n’est pas celle du travailleur social », insistent Karine Ponsonnet et Esther Lombardot.

Toutes les deux anciennes éducatrices spécialisées, elles reconnaissent que « quand on accompagne une famille en protection de l’enfance, on a une idée globalement de la problématique que rencontre la famille. C’est bien d’avoir cette idée, mais dans les conférences familiales, c’est la problématique que rencontre la famille qui va nous intéresser, et c’est à partir de celle-ci que le processus va se mettre en place. »

La question peut venir d’une mère dépassée par la situation familiale qui lâche « comment ne pas tout envoyer bouler ? », d’une adolescente de 17 ans qui s’interroge « comment avoir une relation apaisée avec mon père ? », ou d’un père sorti de prison qui se demande « comment reprendre contact avec mes filles ? ».

Les coordinatrices ardéchoises expliquent que « ce sont leurs questions, et c’est à partir de là qu’ils vont pouvoir trouver leurs propres leviers dans leur environnement et trouver les choses qui peuvent les aider ».

L’entourage mobilisé

Le cœur du dispositif repose sur une mobilisation de l’entourage : famille proche ou élargie, amis, voisins, enseignants, professionnels. « Ce sont toutes les personnes que la famille identifie comme ressources », expliquent les coordinatrices, qui parlent parfois de « conférence environnementale ».

Si les familles hésitent parfois à solliciter leur entourage, l’expérience montre une mobilisation qui dépasse souvent les attentes. « On ne se rend pas compte des compétences et des ressources des familles », reconnaissent-elles. « Même des travailleurs sociaux qui suivent des situations depuis des années redécouvrent avec nous des personnes-ressources autour de l’enfant et de la famille. »

Un plan d’action « très concret »

Lors de la délibération privée, les professionnels quittent la salle laissant la famille construire son plan d’action. « Cela signifie : c’est à vous de décider du plan que vous souhaitez construire », explique Marie-Pierre Auger.

À ce moment-là, « les choses ne sont pas mises sous le tapis, au contraire », témoigne une coordinatrice. « J’ai vu apparaître dans un plan d’action l’alcoolisme d’un père, alors que le travailleur social n’en avait jamais eu connaissance. »

Le plan d’action est écrit et repose sur des engagements consensuels, y compris celui de l’enfant lorsqu’il est présent. Les coordinatrices donnent l’exemple d’un jeune déscolarisé. « Ce jour-là, une cousine s’est engagée à l’aider à passer le code de la route, un oncle routier a proposé de l’accompagner dans son camion pour découvrir le métier, un cousin a essayé de lui trouver un stage dans un garage. […] Ce sont des choses très concrètes, portées par le réseau, et acceptées par le jeune », illustrent-elles.

Une posture professionnelle différente

Pour les travailleurs sociaux, la conférence familiale implique un changement de posture. « Il faut oublier qu’on est éducateur, oublier qu’on a toujours quelque chose à dire », explique une coordinatrice.

« Nous sommes là pour accompagner la famille, mettre en œuvre toutes les conditions pour que cela puisse bien se passer, mais en aucun cas apporter une ébauche ou une amorce de solution avec eux. On est vraiment dans le développement du pouvoir d’agir », précisent les intervenantes.

« Avant d’aller chercher des aides éducatives, allons voir s’il y a des ressources familiales et environnementales qui peuvent soutenir les parents », plaident-elles.

Des conférences familiales immédiates

L’Ardèche a aussi mis en place des « conférences familiales immédiate », proposées entre une ordonnance de placement provisoire et l’audience chez le juge des enfants. La différence avec les conférences familiales, c’est que la question posée est celle du service : « où doit vivre l’enfant ? », l’objectif étant de préparer les parents à l’audience chez le juge et identifier les liens importants pour l’enfant. « Malgré la violence du moment […], la plupart des parents s’en saisissent. Ils se sentent soutenus par les professionnels, entourés, pris en considération. », témoignent les deux coordinatrices. La conférence immédiate en amont permet aussi d’ « avoir une idée du réseau et permet au travailleur social, qui va prendre en charge la mesure ensuite, de pouvoir s’appuyer aussi dessus ».

Marine DERQUENNE

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