Plaidoyer de Solidarités nouvelles

Solidarités nouvelles face au chômage : « Pas de politique en faveur du plein emploi durable sans réforme fiscale majeure »

Article paru dans les ASH le 9 juin 2026

Dans son nouveau manifeste, Solidarités nouvelles face au chômage, qui milite pour une société du plein emploi, développe un scénario visant la création d’un million et demi d’emplois à l’horizon 2040, notamment dans un secteur de l’ESS renforcé par une réforme de la fiscalité des associations.

François Quintreau est secrétaire de l’association Solidarités nouvelles face au chômage, responsable du plaidoyer et cofondateur de la Fresque de l’emploi durable. À la tête d’une équipe d’une douzaine de membres comprenant des responsables de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), il détaille les pistes d’un passage du chômage sous la barre des 3 % d’ici quinze ans. 

ASH : Pourquoi ce manifeste ?

François Quintreau : Ce qui nous a motivés à y réfléchir, c’est le constat que le chômage repart à la hausse. Lorsque Solidarités nouvelles face au chômage a été fondé en 1985, le taux de chômage était à 7,5 %. Aujourd’hui, il dépasse presque les 8 %, malgré quelques baisses ces dernières années. En parallèle, la qualité du travail ne cesse de se détériorer, avec une multiplication de l’emploi précaire, subi plus que choisi.

Notre manifeste entend donner des pistes pour parvenir à faire diminuer le taux de chômage à 3 % à l’horizon 2040. C’est un objectif de plein emploi, mais surtout de plein emploi inclusif, qui n’oublie pas les catégories les plus fragiles, celles qui sont habituellement les plus éloignées du monde du travail, comme les personnes handicapées, les jeunes peu diplômés ou les chercheurs d’emploi de longue durée. C’est notamment pour cela que notre manifeste plaide pour un développement significatif du monde associatif, qui constitue aujourd’hui l’un des créateurs d’emplois parmi les plus inclusifs.

Quelles sont vos propositions pour parvenir à créer, comme vous l’ambitionnez, 1,5 million d’emplois dans les quinze ans qui viennent ?

Nous avons identifié trois grands secteurs économiques qui y contribueront. En premier lieu, celui de la transition écologique. Un secteur clé pour notre pays, en retard sur le plan environnemental et dans lequel les besoins d’investissements publics et privés sont massifs. En compilant diverses analyses produites par des organismes d’État (stratégie nationale bas carbone) ou des think tanks comme le Shift Project, nous estimons possible de créer 700 000 emplois nets dans ce secteur, particulièrement dans les métiers liés aux mobilités durables, à l’électrification des usages, à la rénovation thermique ou à l’agro-écologie.

La relocalisation industrielle constitue un autre axe de développement qui pourrait générer, selon les calculs de France Stratégie, quelque 300 000 emplois nets et, par ailleurs, renforcer la souveraineté du pays, notamment dans les industries de la santé et de la défense.

La vraie nouveauté, cependant, c’est l’investissement massif que nous préconisons dans le domaine associatif, le plus à même de répondre aux nouveaux défis qui se posent à nous (aidance, accompagnement du grand âge et du handicap, lutte contre l’isolement et la précarité, accompagnement vers l’emploi…) et qui pourrait permettre la création de 500 000 emplois nouveaux. Ce secteur est particulièrement adapté pour notre objectif de plein emploi, car il a su faire la preuve de sa capacité à réinsérer des chômeurs de longue durée en levant les freins périphériques à l’emploi (maladie, handicap, problèmes de mobilité, de logement, proche-aidance…). L’expérience acquise par les réseaux de l’insertion par l’activité économique (IAE) ou par l’expérimentation Territoire zéro chômeur de longue durée (TZCLD) le prouve.

Comment comptez-vous financer ces mesures ?

Il ne peut y avoir de politique efficace en faveur du plein emploi durable sans réforme fiscale majeure. Face aux défis de notre temps, nous appelons à des solidarités nouvelles, notamment à l’égard des jeunes générations. Pour cela, nous proposons l’instauration d’une taxe élargie sur le patrimoine, qui ne toucherait que 5 % des foyers les plus aisés, avec des seuils progressifs – à la manière de la taxe « Zucman ».

Cette mesure fiscale pourrait, selon nos calculs, générer 50 milliards de revenus supplémentaires chaque année, à raison de 35 milliards destinés aux investissements publics nécessaires à l’atténuation et à l’adaptation au changement climatique, et de 15 milliards à flécher vers le monde associatif.

En parallèle, pour aider ce secteur à se développer, nous avons imaginé une réforme de la fiscalité des donations des particuliers aux associations. Selon ce scénario, le niveau de défiscalisation de ces dons, aujourd’hui fixé à 60 %, passerait à 75 % tout en doublant le plafond légal maximum de défiscalisation, le faisant évoluer de 20 % à 40 %. Ce qui entraînerait une augmentation des dotations au monde associatif, estimée à 15 milliards supplémentaires, permettant au secteur de développer son activité, de faire monter ses salariés en compétences et de créer de nouveaux emplois.

Comment ce fonds à destination des associations serait-il réparti, et comment éviter les effets d’aubaine ?

Comme aujourd’hui, les structures bénéficiaires des dons devraient être reconnues d’intérêt général ou d’utilité publique. Par ailleurs, le passage des dons par des structures redistributrices – comme la Fondation de France – permettrait de sécuriser leur affectation et leur redistribution selon des critères transparents (utilité sociale, impact écologique, nombre de bénéficiaires, répartition géographique…).

Nous pourrions aussi envisager la création d’une plateforme de transparence et d’impact qui afficherait des informations clés que nous retrouvons habituellement dans les rapports annuels (budget, gouvernance, utilité sociale, impact environnemental, dépendance aux subventions, santé financière, besoins de financement réels…). Cette transparence serait un vecteur de confiance entre les donateurs et les associations.

Propos recueillis par Benjamin d’ALGUERRE 

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