Article paru dans Le Média Social le 18 juin 2026
Réunis à Toulouse à l’initiative de la Fnadepa, les directeurs d’établissements et services pour âgées ont placé la transition écologique au cœur de leurs échanges. Objectif : partager les leviers pour relever le double défi du vieillissement de la population et du changement climatique.
« Pourquoi parler climat dans un congrès du grand âge ? », interroge Jean-Pierre Riso, président de la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour âgées (Fnadepa), dans son discours d’ouverture du 41e congrès de l’organisation, qui s’est tenu à Toulouse les 11 et 12 juin, à mi-chemin entre deux épisodes caniculaires.
« Nos établissements sont des passoires énergétiques pour beaucoup d’entre eux. Le changement climatique frappe déjà celles et ceux que nous accompagnons (…) Et pourtant, la rénovation thermique, les circuits courts alimentaires, les jardins partagés, les approches bas-carbone : tout cela coûte de l’argent que nous n’avons pas », poursuit-il.
Face à une double urgence, démographique avec l’accélération du vieillissement, et climatique, il va falloir agir vite et avec des moyens, insiste-t-il.
D’où la demande de levée immédiate du gel prudentiel de 215 millions d’euros, décidé par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), qui avait ulcéré le secteur en avril dernier.
Pour l’heure, ce congrès toulousain visait à « partager, apprendre (…) repartir avec des idées, des outils, des convictions renforcées ».
S’adapter aux températures extrêmes
Car les établissements médico-sociaux vont devoir rapidement affronter une double contrainte, indique Baptiste Verneuil, ingénieur santé-énergie-climat à l’association The Shift Project : s’adapter à des températures extrêmes et faire face à la raréfaction des énergies fossiles.
Sur l’écran apparaît une carte de France avec des centaines de points rouges dans le Sud, bleus dans le Nord et le Nord-Ouest, là où les établissements connaîtront à l’avenir moins de 5 canicules par an.
« En 2030, puis en 2050, de plus en plus d’établissements vont être confrontés à ces températures très chaudes. (…) À l’horizon 2100, les canicules seront multipliées par 17 », prévient-il.
Selon The Shift Project, le secteur de l’autonomie induit des émissions de 10 millions de tonnes de C02, la moitié provenant des Ehpad, soit 1,5 % de l’empreinte carbone nationale.
Principaux postes concernés : les déplacements, nombreux dans les services à domicile, l’alimentation, avec plus d’un milliard de repas servis chaque année, la consommation énergétique, à la merci de l’instabilité des prix du gaz et du pétrole, et la délivrance de médicaments, issue d’une production chimique mondialisée.
Limiter les impacts
Alors comment agir ? Avec des guides, des formations pour les professionnels et les usagers « puisque ces transformations peuvent impacter leurs conditions d’hébergement, de vie », poursuit Baptiste Verneuil.
Autres leviers, pour une décarbonation à l’horizon 2050 : l’électrification des flottes des services à domicile, l’optimisation des distances parcourues avec la mise en place d’équipes autonomes locales, le recours à l’alimentation biologique, les actions de prévention pour limiter les traitements médicamenteux.
David Boussat, directeur du réseau ADMR de Charentes-Maritimes, décrit justement sa flotte de 720 véhicules hybrides, dont 200 véhicules uniquement électriques dès l’année prochaine, pour couvrir 800 000 heures à domicile et en établissement, soit 45 % de l’activité domiciliaire du département en service prestataire.
Son dada ? La responsabilité sociétale des entreprises (RSE) qui permet le changement, l’aide à la décision. « La RSE est une marque qui va impacter les années futures, être un avantage concurrentiel observé par les pouvoirs publics, les financeurs ».
D’autres impacts sont moins facilement mesurables, mais tout aussi réels, selon lui : « Est-ce que la RSE nous permet de recruter ? Oui. Est-ce que la RSE nous permet d’améliorer notre image ? Oui. Est-ce que la RSE donne du sens au travail ? Oui ».
Embarquer les résidents
Autre retour d’expérience, celui du groupe associatif occitan Edenis, regroupant 23 Ehpad et quatre résidences autonomie pour une capacité d’accueil de 2 200 places et 1 500 équivalents temps plein.
Un an après son arrivée en 2021, le président du directoire David Maugé a lancé un bilan carbone et une convention d’encadrement pour s’atteler à la réduction des déchets alimentaires en végétalisant l’alimentation des résidents.
Un sujet « pas facile », travaillé avec ses équipes et le prestataire de restauration. « L’important c’est d’avoir des convictions, des ambitions et d’agir », affirme-t-il. Trois ans après, la part de viande dans l’assiette a été réduite de 20 %, passant d’1,2 kg par semaine et par résident à moins d’un kilo, avec l’objectif de parvenir à 400 grammes d’ici 2032-2035.
« Ce qui est chouette avec ce projet, c’est qu’on prend notre part et d’un point de vue « compte d’exploitation, budget d’investissement », c’est quasiment zéro. Ce sont surtout des neurones à mettre autour de la table et des énergies humaines à rassembler pour embarquer tout le monde, y compris les résidents », explique David Maugé.
Autre objectif : la construction d’un champ photovoltaïque qui couvrira 20 % des besoins énergétiques du groupe à l’horizon 2027.
Cultiver son jardin
Frédéric Dellinger, paysagiste, invite de son côté à s’appuyer sur le concept de « robustesse » développé par le biologiste Olivier Hamant, en s’inspirant du vivant pour s’adapter aux crises à venir.
« Un jardin climatise tout l’espace et l’extérieur : s’il y a une panne de courant, on est toujours bien sous l’arbre », précise-t-il.
Des arbres qu’il invite à planter dès maintenant autour des établissements pour lutter contre les îlots de chaleur, filtrer l’air, embellir les espaces et diminuer l’anxiété, la dépression. Le tout, en faisant sienne la réplique de Candide (Voltaire) : « Il faut cultiver notre jardin ».
Laetitia DELHON



