Article paru dans Le Média Social le 23 juin 2026
Le 22 juin, le conseil des enfants du Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH) a présenté pour la première fois ses travaux lors d’une assemblée plénière au ministère. Il porte des propositions pour « changer l’expérience de l’école pour les enfants en situation de handicap ».
« Je m’appelle Adalia, j’ai 8 ans et j’ai la paralysie cérébrale. Mon AESH [accompagnant d’enfants en situation de handicap] ne veut pas que je lui dise comment améliorer les choses. Faites-nous confiance, on connaît nos besoins ! ». Ce 22 juin, Adalia et onze autres enfants en situation de handicap de 8 à 13 ans ont occupé la scène de la salle Laroque du ministère de la Santé et des Solidarités.
Certains sont malvoyants, sourds ou porteurs d’un handicap moteur ou d’un trouble du neuro-développement. Ils viennent de Paris ou de l’Île-de-France et, pour un tiers, d’autres régions. Ils représentent le conseil des enfants du Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH) qui, après une année de travaux, a exposé ses propositions aux membres du conseil.
Face à eux étaient réunis les membres du CNCPH et des personnalités politiques et représentants institutionnels (ministères, Défenseur des droits, DGCS…). Car l’objectif de cette assemblée plénière ouverte est bien que les pouvoirs publics entendent les demandes exprimées par ceux qui sont les premiers concernés par la politique qu’ils mettent en place.
Le thème de l’école
Pour sa première année de fonctionnement, le conseil des enfants, créé en 2025, avait choisi de réfléchir à l’accueil des enfants handicapés à l’école à travers la question de la communication entre les enfants et avec les adultes. Des sujets comme celui de l’accessibilité du matériel et des activités scolaires se sont aussi imposés.
Lors de six ateliers en présentiel animés tout au long de l’année par l’équipe du CNCPH et les PEP 94, ils ont, à travers des jeux et des mises en situation, pu exprimer leurs difficultés et trouver ensemble des solutions. De ces échanges, ils ont dégagé constats et solutions concrètes synthétisés dans un rapport et une infographie.
Créer des « blablarooms »
Agathe, est en CE2 et malvoyante. Elle prend le micro et raconte : « À l’école, nous avons besoin d’apprendre à nous connaître pour avoir de bonnes relations avec les autres élèves ». Pour cela, « il faut donner la parole aux enfants qui souhaitent parler de leur handicap, organiser des actions de sensibilisation et créer des blablarooms pour se rencontrer à l’école ».
Dans la salle, l’idée fait mouche. « J’ose espérer qu’à la rentrée prochaine, il y aura des blablarooms dans toutes les écoles », applaudit l’ancien secrétaire d’État à l’Enfance, Adrien Taquet. Plus globalement, il considère que les propositions du conseil des enfants s’avèrent « une opportunité formidable de changer l’école pour le bien de tous les enfants en situation de handicap ».
Aménagements
Parmi les autres sujets qui font réagir : l’expérience d’Armand, malvoyant, qui n’est pas autorisé, lors des contrôles, à utiliser une police de caractères avec laquelle il travaille toute l’année. « C’est tout simplement inadmissible », s’indigne Adrien Taquet.
Le rapport du conseil des enfants déplore en effet « des refus de transcription, des délais trop longs pour obtenir des aménagements, ou encore un manque de financement pour les logiciels accessibles ».
Par ailleurs, pour « qu’il y ait de bonnes relations entre les élèves », Rose, 11 ans, qui s’exprime en langue des signes, appelle à « prévoir des moyens de communication adaptés pour permettre à tous les enfants de pouvoir s’exprimer » comme la LSF, le Facile à lire et à comprendre (Falc) ou la communication alternative et améliorée.
Harcèlement
« Que proposez-vous pour lutter contre le harcèlement des enfants handicapés ? », interroge une membre du CNCPH dans la salle. Adèle, petite fille blonde en fauteuil roulant, prend la parole pour répondre : « Je vais entrer en sixième et mon Sessad [service d’éducation spéciale et de soins à domicile] va intervenir dans la classe pour expliquer mon handicap et prévenir le harcèlement ».
D’autres propositions visent la sécurité et le bien-être des enfants handicapés. Cela passe par la mise à disposition de casques anti-bruit et la création « d’endroits sûrs et calmes » comme la mise en place d’un tipi dans la classe.
« L’adulte idéal »
Leur rapport décrit le portrait de l’ « AESH idéale » et plus globalement de « l’adulte idéal » à l’école. Celui-ci ne doit pas « avoir de préférence » et « nous mettre ni en avant, ni à l’écart », écrivent les enfants. Il ne doit « pas hésiter à poser des questions pour connaître les besoins des enfants » ou encore « écouter et respecter la parole des experts »
Des recommandations portent aussi sur la formation des enseignants et en particulier, qu’ils puissent « suivre au moins une journée de formation pour mettre en place les adaptations et pouvoir enseigner en fonction du handicap (quels documents, quelles adaptations, …) des élèves qu’il va avoir dans sa classe ».
Diffusion dans les écoles
Que deviendront ces propositions votées à l’unanimité par le CNCPH ? Un document « sera diffusé dans toutes les écoles » assure la ministre déléguée chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Camille Galliard-Minier, venue saluer les enfants dans l’après-midi.
Au-delà, Vincent Julé, vice-président de l’Association nationale pour la prise en compte du handicap dans les politiques publiques et privées (APHPP), « espère que ces propositions seront reprises par les pouvoirs publics dans le cadre de la Conférence nationale du handicap (CNH) [qui a été reportée] ».
Noémie COLOMB



