Permettre aux personnes polyhandicapées d'accéder à la communication

Polyhandicap : la communication alternative et améliorée prend la route

Article paru dans Le Média Social le 21 octobre 2026

Pendant dix jours au mois d’octobre, le bus du Cesap doit se rendre dans une quinzaine d’établissements de l’association pour faire découvrir la communication alternative et améliorée (CAA). Objectif : aller à la rencontre des professionnels, des personnes accompagnées et de leur famille pour leur faire tester de nouveaux outils CAA souvent “faits maison”.

Devant l’entrée de la plateforme flambant neuve Charles-Antoine Kouakou, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), est garé un petit camion aux couleurs du Comité d’études, d’éducation et de soins auprès des personnes polyhandicapées (Cesap). Sur sa carrosserie, on peut lire en gros caractères « CAA », pour communication alternative et améliorée, et y déchiffrer des pictogrammes. Le ton, ou plutôt l’objet de ce véhicule, est donné.

En cette journée d’octobre, mois international consacré à cette démarche qui donne la parole aux personnes non verbalisantes, le bus CAA du Cesap fait étape dans la structure qui accompagne des enfants, adolescents et jeunes adultes en situation de polyhandicap.

Cette tournée du bus CAA est une première édition. Démarré le 1er octobre, elle compte une quinzaine d’étapes dans autant d’établissements, répartis dans dix départements, dont huit en Île-de-France, ainsi que dans l’Oise et l’Indre-et-Loire.

L’objectif ? « Aller à la rencontre des professionnels, des familles et des personnes accompagnées pour leur montrer les outils créés dans d’autres structures et comment ils fonctionnent », explique Sabine Dos Santos, chargée de mission CAA pour l’association.

Démarche déployée dans les établissements

La communication alternative et améliorée est un axe prépondérant du projet associatif de Cesap. Depuis 2023, l’association a mis en place un « écosystème CAA » pour généraliser la pratique « pour tous, partout, tout le temps », résume la chargée de mission.

Cet écosystème compte dix intervenantes CAA, des professionnelles volontaires de toute profession (éducatrice spécialisée, psychologue, psychomotricien…), formées et certifiées par Isaac francophone, la référence internationale sur le sujet. Elles accompagnent les professionnels dans l’appropriation de la démarche et aident les établissements à déployer la CAA.

De plus, environ 80 référentes CAA jouent un rôle d’appui et ressource dans leurs structures respectives. Différentes commissions, de l’échelle associative à celle des établissements, organisent cet écosystème qui porte l’ambition d’harmoniser les pratiques professionnelles, partager les outils innovants et essaimer la CAA auprès de toutes les parties prenantes autour des personnes accompagnées.

L’action de Cesap ne se limite pas à ses propres établissements. En Indre-et-Loire, l’association a été retenue par l’agence régionale de santé (ARS) pour piloter la mission d’expertise et d’information en CAA du département, dispositif généralisé en 2025 par instruction nationale.

L’association s’est également portée candidate pour les missions départementales d’Île-de-France et la coordination régionale. « L’idée est que nos établissements deviennent des points ressources en mode guichet ouvert et d’ouvrir la CAA sur tous les territoires, auprès des professionnels du médico-social mais aussi de l’école, du secteur sanitaire, de la culture… », explique Lionel Berthier, directeur du pôle Grand Paris Nord.

« Des pépites » CAA

Dans l’espace d’accueil de la plateforme Charles-Antoine Kouakou, Sabine Dos Santos et Sylviane Rollo, anciennement directrice du pôle Ouest en Seine, s’activent. Elles déchargent le matériel apporté dans le camion et l’installent sur une longue table : livres en langue des signes française, sets de tables sur lesquels figurent des images, classeurs PECS (Picture exchange communication system ou système de communication par échange d’images, en français), pictogrammes imprimés et plastifiés, d’autres en relief imprimés en 3D, etc.

Le binôme est également venu avec des outils de CAA numériques, comme les tablettes tactiles ou à commande oculaire, équipés de logiciels CAA. « Tout cela donne des idées. Parfois on trouve des pépites provenant d’autres structures », commente Olivia Baudry, éducatrice spécialisée au sein de la plateforme Kouakou

Pour qu’une personne non oralisante puisse communiquer, il ne suffit pas de lui mettre un outil entre les mains. Il faut en tester plusieurs avec elle, identifier ceux qui lui conviennent et parfois en créer de nouveaux, personnalisés et adaptés à ses besoins.

Sylviane Rollo cite ainsi les pictogrammes « Oui » et « Non », fabriqués spécialement pour être fixés sur les accoudoirs du fauteuil roulant d’un jeune.

Des idées à rapporter

Gladys Marcin, éducatrice spécialisée et intervenante CAA au sein du dispositif d’intervention précoce (DIP)/Sessad de Pavillons-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) s’intéresse particulièrement au PODD (Pragmatic organisation dynamic display ou tableaux dynamiques à organisation pragmatique), un outil dit « robuste » de CAA, que lui présente Sabine Dos Santos.

Elle aimerait s’en équiper pour accompagner un enfant de six ans présentant un trouble du neurodéveloppement (TND). Aujourd’hui, elle utilise avec lui un PECS, un classeur qui permet de construire des phrases simples, comme « je veux manger », à l’aide de pictogrammes.

Elle constate déjà des progrès : « On s’est rendu compte qu’il comprenait bien plus de choses qu’on ne le pensait, notamment le français alors qu’il est d’origine roumaine. On observe aussi chez lui moins de frustration et de colère. Mais on voit qu’il a besoin d’une communication élargie ».

Le PODD pourrait lui convenir et l’aider à progresser encore davantage. « Ça pourrait l’aider à verbaliser », estime-t-elle.

Les familles aussi s’approprient la CAA

Des familles se sont également rendues sur cette étape du bus CAA. Comme Sabah Bounoua, maman d’Amine, 17 ans. « Mon fils comprend mais ne parle pas. Je veux apprendre à parler avec lui. Ça facilite la vie », explique-t-elle.

Face aux outils présentés, elle s’enthousiasme et prévoit de créer un tableau de pictogrammes. Sabine Dos Santos lui indique un site où en télécharger gratuitement. Sabah aimerait aussi se former à la CAA. Une autre décision est prise : elle accompagnera désormais ses paroles de signes issus de la langue des signes française (LSF).

En fin de journée, des responsables de la mission handicap de la ville de Saint-Ouen viennent à leur tour découvrir le bus. Elles échangent avec Sabine Dos Santos autour de leur projet d’installer de grands tableaux de langage assisté (TLA) dans les aires de jeux de la commune, auxquelles elles aimeraient associer Cesap.

Le lendemain, le bus reprendra la route vers un autre établissement, avec l’ambition d’y semer encore de nouvelles idées.

Alexandra LUTHEREAU

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