Article paru dans Le Média Social le 3 octobre 2025
À l’occasion de la journée nationale des aidants, ce 6 octobre, focus sur un Ehpad innovant en Dordogne : accueil de jour itinérant, accueil de nuit, plateforme de répit, centre de ressources territorial… Une offre pensée pour épauler les aidants au quotidien.
« Quand j’ai pris mes fonctions en 2005, l’Ehpad ne proposait que de l’hébergement permanent et de l’hébergement temporaire », se souvient Sylvain Connangle, directeur de l’Ehpad La Madeleine (237 places).
Aujourd’hui, l’établissement situé à Bergerac (Dordogne) comptabilise treize services en plus de l’hébergement classique. Une évolution qui s’inscrit pleinement dans la transformation de l’offre de service, et qui contribue, par la même occasion, à venir en soutien aux proches aidants.
« Choisir plutôt que subir »
« Je me suis inspiré de ce qui se faisait à l’étranger, en particulier au Québec où je me suis rendu à plusieurs reprises, explique le directeur de l’établissement bergeracois. J’étais convaincu qu’il était indispensable de sortir du système français très binaire, avec l’établissement d’un côté, et le domicile de l’autre. »
Son objectif ? Développer une large palette de services pour que les personnes âgées et leurs aidants « puissent choisir plutôt que subir » l’entrée en Ehpad. Avec la possibilité de combiner plusieurs réponses en même temps si cela est nécessaire.
« Il y a dix ans, je pensais que c’était soit l’accueil de jour, soit un autre dispositif. Mais en réalité, il peut être tout à fait pertinent d’avoir recours à plusieurs réponses à la fois. En matière d’aidance, l’idéal est se diriger vers un package de multi-solutions. »
Consultation mémoire
Le directeur de l’Ehpad La Madeleine commence par créer, en 2008, une consultation mémoire en partenariat avec l’hôpital local.
Les personnes qui s’inquiètent de l’apparition de troubles de la mémoire chez un de leurs proches peuvent ainsi solliciter une prise en charge par des médecins spécialistes afin de poser un diagnostic et de les orienter si nécessaire pour un éventuel suivi.
Les consultations mémoire se déroulent aussi bien à l’hôpital qu’à l’Ehpad.
Bien évaluer pour mieux orienter
Autre brique de cette transformation de l’offre : la mise en place de la plateforme d’accompagnement et de répit (PAR) portée par l’Ehpad La Madeleine.
Aujourd’hui 400 binômes aidants-aidés sont accompagnés au travers de très nombreuses actions : entretiens individuels, groupes de parole, activités pour aidants-aidés, formations sur la maladie d’Alzheimer et les troubles apparentés à destination des aidants, offre de répit à domicile ou en proximité (en lien avec les Ehpad et les services à domicile du territoire), etc.
« L’un des points forts de notre centre de ressources est l’orientation, considère Sylvain Connangle. La psychologue de la plateforme travaille avec un outil d’orientation clinique, le Smaf, le ‘’Système de mesure de l’autonomie fonctionnelle’’, un outil québécois qui permet d’évaluer précisément les besoins de la personne et de ses aidants. »
Si l’identification des besoins constitue un préalable essentiel pour aider les aidants, encore faut-il pouvoir « aiguiller » les personnes vers les solutions qui leur correspondent, ce qui suppose de pouvoir s’appuyer sur une offre de services diversifiée.
Accueil de jour itinérant
Et en la matière, l’Ehpad La Madeleine est en capacité d’en proposer à lui seul une grande variété. L’établissement dispose d’un accueil de jour classique, mais aussi, bien plus rare, d’un accueil de jour itinérant.
Toutes les semaines, du lundi au vendredi, deux professionnelles se rendent dans des salles communales de deux localités rurales du département, pour proposer des activités physiques et cognitives à un groupe de douze personnes âgées en perte d’autonomie atteintes de troubles cognitifs.
Le dispositif permet ainsi de proposer un service à proximité du domicile des personnes âgées, de réduire leurs déplacements, et de résoudre la problématique des transports qui peuvent représenter des freins à l’accès aux solutions de répit.
« Il n’y a que deux professionnelles qui se déplacent à chaque fois plutôt que douze personnes âgées habitant loin de notre Ehpad : c’est bon pour la planète et bon pour la ruralité », s’enthousiasme Sylvain Connangle.
Accueil de nuit et répit à domicile
Toujours en matière d’offre de répit qui soulage les aidants, l’Ehpad propose aussi un accueil de nuit.
À partir de 17 h 30 et jusqu’à 9 h 30 le lendemain matin, jusqu’à six personnes âgées peuvent être accueillies par des professionnels formés en soins gérontologiques. Les proches aidants peuvent ainsi s’accorder une soirée et une nuit de repos.
Des solutions de répit peuvent être également proposées à domicile. L’aidant peut s’absenter, en journée, plusieurs heures durant, en confiant son proche à un professionnel d’un service d’aide à domicile.
Le tout sans aucun reste à charge si le répit ne dépasse pas 50 heures par an « grâce à des financements Carsat », précise Sylvain Connangle.
Limiter le reste à charge
Pour le directeur, l’accessibilité financière représente un élément déterminant dans le succès des dispositifs d’aide aux aidants. « Notre accueil de jour itinérant coûte moins d’un euro par jour aux usagers, notre accueil de nuit 9 € », souligne-t-il.
Résultat : les différentes solutions n’ont « aucun problème de remplissage », assure Sylvain Connangle, précisant que le taux d’occupation de l’accueil de jour itinérant est de 80 %.
« Tous nos services, mis à part notre Pasa du soir, sont certifiés par l’agence régionale de santé, nous ne sommes plus dans des dispositifs expérimentaux », ajoute le directeur.
CRT, un pont entre le domicile et l’institution
Mais si les réponses d’aide aux aidants fonctionnent, c’est aussi parce qu’elles s’appuient sur de solides partenariats à l’échelle du territoire.
« L’Ehpad n’est qu’un maillon. Nous sommes tout un ensemble d’acteurs à créer les réponses : les services à domicile, les résidences autonomie, le dispositif d’appui à la coordination (Dac), le centre de ressources territorial (CRT)… », détaille Sylvain Connangle, qui dirige par ailleurs le CRT local, baptisé CRT Senesco Périgord.
Créés en 2022, les CRT visent à favoriser le maintien à domicile des personnes âgées, optimiser la coordination des professionnels du grand âge mais aussi soutenir les aidants.
« Le CRT est un très bon outil pour créer des ponts entre le domicile et l’institution », estime Sylvain Connangle. Le CRT Senesco Périgord propose par exemple des actions de formation et de sensibilisation animées par une ergothérapeute, ou encore des repas aidants-aidés.
La journée des aidants
« Nous réunissons des tablées de dix à douze personnes, des binômes aidants-aidés qui connaissent des situations assez proches pour favoriser les échanges, avec la présence de professionnels dont une diététicienne. Les rendez-vous se passent à chaque fois dans des lieux différents, dans un Ehpad du territoire ou une salle communale », détaille Marjorie Ansion, accompagnatrice numérique au CRT.
Des actions peuvent aussi émerger de manière conjointe, comme la journée des aidants organisée il y a six mois, à l’initiative de la PAR en partenariat avec le CRT et l’Ehpad. Au programme : conférences, tables rondes, buffet…
« L’objectif de cette journée à destination des proches aidants et des professionnels était de faire connaître ce qui existe sur le territoire et de fédérer les acteurs. Ce fut un très gros succès », indique Marjorie Ansion.
Vers des guichets intégrés
Pour le directeur du CRT Senesco Périgord, l’avenir est aux guichets intégrés : « Il faudrait créer une sorte de Parcoursup de la gérontologie, une plateforme qui permettrait d’avoir un même process d’orientation permettant d’organiser des parcours tant pour la personne en perte d’autonomie que pour l’aidant. »
La simplification des parcours fait partie des missions des services publics départementaux de l’autonomie (SPDA).
Dans un avis consacré au renforcement du soutien aux proches aidants, la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) estimait que les SPDA constituaient une « opportunité majeure » pour « permettre une réponse plus satisfaisante, dans les territoires, aux exigences de repérage et d’évaluation des besoins à des fins d’orientation et d’accompagnement des proches aidants ».
La généralisation des SPDA dira si la promesse d’un parcours simplifié peut, enfin, devenir une réalité tangible pour les aidants.
Aurélie VION



