Aggravation de l'isolement des aînés

L’isolement des aînés progresse, selon les Petits Frères des Pauvres

Publié le 7 octobre 2025 sur le site de l’UNCCAS

L’association Les Petits Frères des Pauvres vient de publier son 3ᵉ baromètre sur l’isolement social des personnes âgées. Contrairement à ce qui aurait pu être espéré, l’isolement ne recule pas. Tous les indicateurs sont en hausse, comme le souligne Anne Géneau, présidente de l’association, qui appelle à un développement de politiques publiques mieux adaptées. Lutter contre l’isolement des aînés, rappelle-t-elle, doit devenir une priorité nationale.

Les chiffres clés de l’isolement

  • 750.000 personnes âgées sont en situation de « mort sociale ».
  • En 2030, 1 million de personnes âgées pourraient être concernées.
  • 2 millions de personnes âgées sont isolées de leurs cercles familiaux et amicaux.
  • Environ 1,5 million ne voient jamais ou presque jamais leur famille proche.
  • 2,5 millions se sentent seules tous les jours ou presque.
  • 2,7 millions n’ont pas de lien avec leurs voisins au-delà d’un simple « bonjour ».
  • Environ 9 millions ne sortent pas de chez elles quotidiennement.
  • Plus de 5 millions n’utilisent jamais internet.

Les enseignements de l’étude

Dominique Libault, directeur de l’École nationale supérieure de la Sécurité sociale (EN3S) et président du Haut Conseil du financement de la protection sociale, retient de cette étude la stabilité préoccupante de certains indicateurs liés à l’isolement et à la solitude, malgré les politiques et stratégies déjà engagées.

Pour lui, la question de l’habitat est centrale. Agir nécessite d’intervenir à plusieurs niveaux :

  • améliorer le logement à domicile ;
  • développer de nouvelles formes d’habitat ;
  • rénover les Ehpad.

Les relations entre personnes âgées et professionnels à domicile doivent également être mieux reconnues et valorisées. La dimension relationnelle de ces métiers doit être pleinement intégrée.

Dominique Libault plaide pour une stratégie renforcée de prévention de la perte d’autonomie, afin de limiter les besoins en soins, d’améliorer la qualité de vie des personnes âgées et de contenir les dépenses publiques.

Éléonore de la Varde, cheffe de projet « Lutte contre l’isolement et citoyenneté » à la CNSA, alerte quant à la progression du nombre de personnes en situation de « mort sociale ».

Agir contre l’isolement, rappelle-t-elle, c’est aussi agir sur l’environnement des personnes âgées : accessibilité des commerces et services de proximité, mobilité, meilleure information sur les aides et prestations disponibles.

Fabrice Talandier, directeur des Territoires, du Développement et de l’Innovation des Petits Frères des Pauvres, interpelle enfin l’État sur son manque de réactivité : le comité stratégique de lutte contre l’isolement social ne s’est pas réuni depuis deux ans.

La déconnexion numérique, conjuguée à l’augmentation du coût de la vie et à la précarité, aggrave encore la situation. L’isolement des personnes âgées doit être mieux pris en compte dans les politiques publiques à venir.

Face à cet isolement grandissant, les actions de sensibilisation et de mobilisation citoyenne restent essentielles. Elles peuvent avoir un impact positif sur certains cercles de sociabilité, en renforçant la convivialité et le lien social au sein des territoires.

Les principales préconisations des Petits Frères des Pauvres

  • Chiffrer le coût économique de l’isolement social pour la société française.
  • Intégrer la solitude et l’isolement social comme facteurs de risque dans les campagnes de prévention publique relatives à la santé et à la santé mentale.
  • Créer une délégation interministérielle à la prévention et à la lutte contre l’isolement social.
  • Renforcer le repérage des fragilités via le programme ICOPE, en intégrant un item spécifique sur le lien social.
  • Développer les registres communaux des personnes vulnérables pour mieux identifier les publics isolés.
  • Prévenir les situations de mort sociale en expérimentant un système d’alerte national.
  • Favoriser un parcours résidentiel adapté à l’avancée en âge.
  • Soutenir les projets d’habitat partagé, inclusif ou intergénérationnel.
  • Encourager les initiatives de lien social de proximité.
  • Valoriser le bénévolat, le service civique et le volontariat.
  • Réviser le minimum vieillesse au seuil de pauvreté.
  • Supprimer la récupération sur succession de l’ASPA, facteur de non-recours.

Elodie BACOUP

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