Coopération ASE handicap pour enfants à double vulnérabilité

ASE et handicap : une charte de coopération en faveur des jeunes à « vulnérabilités multiples »

article publié dans Le Média Social le 16 décembre 2024

Le 12 décembre, lors d’une journée nationale visant la coopération des acteurs de la protection de l’enfance et des Ditep, le collectif interassociatif réunissant l’Aire, l’Anmecs, le Cnaemo et le Gepso, a présenté et signé sa « charte de coopération ». Objectif : « faire équipe » pour accompagner les enfants à « vulnérabilités multiples ».

Comment accompagner les jeunes qui cumulent traumatismes répétés, troubles de l’attachement, anxiété, difficultés sociales et familiales…, qui ont connu un parcours émaillé de ruptures au sein de l’aide sociale à l’enfance (ASE), et disposent d’une reconnaissance de handicap psychique ?

« Seul, c’est difficile », a reconnu Roland Dysli, président de l’Association des Itep (instituts thérapeutiques, éducatifs et pédagogiques) et de leurs réseaux (Aire), le 12 décembre, en ouverture de la deuxième journée nationale du collectif interassociatif réunissant l’Aire, l’Association nationale des maisons d’enfants à caractère social (Anmecs), le Carrefour national de l’action éducative en milieu ouvert (Cnaemo) et le Groupe national des établissements publics sociaux et médico-sociaux (Gepso).

D’autant plus que ces jeunes utilisent « souvent leur intelligence à faire exploser les cadres censés les contenir » alors qu’ils nécessitent « une permanence relationnelle et bienveillante ». Pour cela, « ils ont besoin que nous fassions équipe autour d’eux », a-t-il complété.

Méconnaissance interprofessionnelle

Mais alors que l’accompagnement de ces jeunes à « vulnérabilités multiples » se heurte à une « méconnaissance interprofessionnelle et intersectorielle » et des politiques de l’enfance et du handicap menées « en silos », les quatre réseaux associatifs ont décidé, il y a quelques années, de se rapprocher pour « créer les conditions de coopérations pérennes » entre le champ de la protection de l’enfance et celui du médico-social.

Depuis près de 18 mois, ils organisent des journées régionales permettant de faire se rencontrer les professionnels des deux secteurs afin de mieux se connaître et d’établir des liens entre les deux champs.

Charte de coopération

Ce 12 décembre, un pas de plus a été franchi dans la formalisation de ces coopérations : les quatre associations nationales ont en effet présenté et signé leur charte de coopération, baptisée « S’engager pour les droits des enfants les plus vulnérables ».

Objectif de cette charte de « co-engagement réciproque » : « formaliser leurs liens et les principes » sur lesquels elles s’accordent pour « améliorer les coopérations entre leurs membres, au bénéfice des enfants, des adolescents et des jeunes adultes dont les modalités d’accompagnement et de protection concernent leurs professionnels respectifs ».

Responsabilité partagée

Réalisé collectivement en s’inspirant des bonnes pratiques développées dans les territoires, ce document rappelle ainsi, en préambule, qu’un jeune qui bénéficie « d’une mesure de protection de l’enfance et qui a également besoin d’un accompagnement médico-social et de soins au titre de sa situation de handicap, doit pouvoir bénéficier d’un environnement réparateur et contenant, permettant de satisfaire ses besoins fondamentaux, notamment son méta-besoin de sécurité, et favorisant son bien-être, dans le respect de ses droits fondamentaux ».

Les quatre associations soulignent que ces jeunes « ne relèvent pas plus de l’un des secteurs que de l’autre mais [les] concernent autant les uns que les autres », dans « une responsabilité partagée ».

Mise en œuvre de la coopération

Les organisations détaillent les principes du partenariat inter-institutionnel et les modalités de mise en œuvre de leur coopération. Parmi eux figure l’adoption d’une posture de co-engagement réciproque au bénéfice de l’enfant par « la mise en place d’échanges réguliers et facilités, notamment en dehors des moments de crises ». Ainsi, des « actions fédératrices » peuvent être encouragées : aménagement de temps d’immersion dans l’autre institution, participation commune à des formations croisées, etc.

Autre passage obligé : « l’élaboration, en commun, d’un projet partagé d’accompagnement de l’enfant, en cohérence avec les différents projets déjà élaborés à son bénéfice (…) et précisant les modalités et les temporalités d’intervention de chacun ».

Enfin, les associations plaident pour « la mise en place d’un cadre partenarial reposant sur des espaces de concertations réguliers (synthèse, rencontre inter-équipe, …) et un système communicationnel établi (qui joindre, quand, comment ?…) ».

Co-construction d’outils

En outre, pour s’inscrire dans la durée, ces coopérations doivent reposer sur le partage et la co-construction d’outils communs, comme « des diagnostics de territoire partagés », peut-on aussi lire dans la charte.

Autre exigence : le développement d’un programme de formation commun, notamment en formation initiale des travailleurs sociaux, dans les thématiques diverses : connaissance et repérage des besoins spécifiques de ces enfants, connaissance du cadre légal d’intervention de chaque système d’intervention, travail avec la famille en protection de l’enfance, gestion des épisodes de crise…

Interpeller les pouvoirs publics

Au-delà d’un outil au service des professionnels, cette charte a aussi pour objet d’interpeller les pouvoirs publics sur la nécessité de répondre aux souffrances des enfants, adolescents et jeunes adultes les plus vulnérables, en situations considérées comme complexe. En somme, un appel à ce que ces jeunes « soient au cœur des politiques publiques ».

Noémie COLOMB

Retour en haut