Article publié dans Le Média Social le 17 décembre 2024
Le Collectif France pour la recherche et la promotion de l’emploi accompagné (CFEA) organisait, début décembre, les Journées nationales de l’emploi accompagné à Cenon, dans l’agglomération bordelaise. Un évènement riche en partage, rencontres et animations autour du management inclusif et durable.
Ouvertes par le président et le directeur général du Collectif France pour la recherche et la promotion de l’emploi accompagné (CFEA), Patrick Barba et Yorick Pedersen – et par une allocution vidéo de la ministre déléguée chargée des Personnes en situation de handicap, Charlotte Parmentier-Lecocq –, les Journées nationales de l’emploi accompagné ont alterné, les 3 et 4 décembre, tables rondes, conférences et ateliers autour de l’accompagnement de l’emploi en milieu ordinaire, ainsi que des moments festifs à l’occasion des dix ans du CFEA.
Le programme, dense, abordait la thématique sous différents angles, de façon élargie (management et inclusion, sens du travail ou encore place de l’emploi accompagné en entreprise), mais aussi avec des témoignages sur des parcours, et des ateliers plus ciblés sur des initiatives.
« Sourcing inclusif »
Caroline Dekerle, directrice du programme Handicap pour France Travail a ainsi évoqué une expérimentation autour du « sourcing inclusif » (1), qui débutera en 2025.
« Des employeurs sont engagés vers une diversification de leur sourcing mais ont souvent des difficultés à identifier des candidats qui préfèrent taire un handicap souvent invisible. Nous testerons donc, via le site France Travail, un système de requêtage en « taguant » des employeurs engagés sur le handicap. Une fois tagués, ils auront accès à un nouveau filtre « handicap » – les personnes handicapées pourront également les requêter. Le challenge sera de recueillir le consentement de ces dernières », a-t-elle expliqué.
Une autre expérimentation devrait porter sur la facilitation de l’accès aux formations de droit commun pour les personnes handicapées, impliquant par exemple un rythme qui devra être adapté par les organismes de formation. L’accompagnement des personnes licenciées pour inaptitude doit également faire l’objet d’une expérimentation.
« 20 % des personnes en emploi accompagné sont en emploi, mais dans une perspective de sortie d’entreprise. Il s’agit de personnes ayant besoin d’un accompagnement plus intensif pour quitter l’entreprise tout en entrant dans une dynamique d’évolution professionnelle. L’emploi accompagné ne concerne pas que l’insertion », a souligné Caroline Dekerle.
Accompagner des sorties d’Esat
Marlène Cappelle, déléguée générale du Cheops (Conseil national handicap et emploi des organismes de placement spécialisés, qui représente les Cap emploi), a par ailleurs rappelé la signature récente d’une convention Esat (établissements et services d’accompagnement par le travail) – service public de l’emploi, qui « sera déclinée sur les territoires, et devrait recréer du lien entre France Travail et les partenaires locaux du médico-social ».
Jean-Christophe Dahouindji, job coach pour la plateforme emploi accompagné (PEA) du Gard, est lui venu présenter la démarche singulière de la PEA, qui a conventionné avec les treize Esat du département.
Une « team parcours renforcé »
« Nous avons créé en 2023 une « team parcours renforcé » pour dynamiser les sorties d’Esat, et travaillé sur un modèle de convention à destination de ces établissements, dans le but d’un partenariat. Le retour des Esat a montré à la fois des aspects positifs (une volonté de coopération, l’importance de la notion de « pouvoir d’agir ») et des interrogations, notamment sur le droit au retour, l’insécurisation des travailleurs accédant au milieu ordinaire, ou sur une inadéquation des moyens », a-t-il détaillé.
La convention, signée en avril 2024, engage à la fois la PEA et l’Esat. Elle vise donc à favoriser les parcours d’insertion en milieu ordinaire, et stipule que le suivi du travailleur concerné est assuré par l’Esat, en lien avec la PEA. Un relais éventuel peut être organisé lors de l’accompagnement en milieu ordinaire de travail. À date, quatre parcours renforcés sont en place.
Une passerelle à confirmer
Des interrogations subsistent quant au futur du dispositif, dont le financement prendra fin en décembre 2025. Dans l’assemblée, suite à cet atelier, un directeur d’Esat a estimé que « les Esat devraient s’emparer de cette mission qu’est l’emploi accompagné. Des établissements d’un même territoire pourraient mutualiser des moyens pour recruter un job coach au service des travailleurs. La passerelle entre Esat et emploi accompagné se ferait ainsi naturellement ».
Pair-aidance et emploi accompagné
Autre sujet abordé lors d’une table ronde : la notion de pair-aidance dans l’emploi accompagné. À Marseille, une association de médiateurs de santé-pairs (MSP) anime la plateforme territoriale de pairs ressources, Esper Pro, pour promouvoir des partenariats en santé et dans le secteur social.
« En 2012, j’ai créé cette association afin de montrer que des pair-aidants savent être efficaces et se maintenir en emploi, et dans le but de combler un manque dans le système de santé », a résumé Yves Bancelin, fondateur et directeur d’Esper Pro, également co-fondateur de Working First – avec Sonia Abelanski, présente à ses côtés ce jour-là.
Un appui dans les structures
Esper Pro accompagne notamment dans l’emploi des personnes souhaitant travailler comme aidants dans des lieux de soin (psychiatrie, santé mentale) ou dans le secteur social, et propose des formations. Elle intervient sur site avec des salariés d’Esper Pro mis à disposition dans les structures partenaires, ou accompagne en interne des équipes souhaitant se doter de MSP. Dans les deux cas, la plateforme déploie son appui à partir d’une analyse des besoins.
Elle peut assurer un soutien pour l’ensemble du process de recrutement, depuis le sourcing jusqu’au maintien dans l’emploi, en passant par la formation, l’intégration du salarié et la définition de ses missions dans la structure d’accueil. La plateforme propose par ailleurs différents services aux MSP en poste : job coaching, intervisions (2), analyse de la pratique en individuel avec une psychologue du travail…
Un objectif ambitieux
« Le MSP cherche à établir une relation de confiance et de pairité, dans une équipe pluridisciplinaire, sans empiéter sur les professions de santé », souligne Yves Bancelin, qui milite pour la reconnaissance professionnelle de la pair-aidance.
Pour l’heure, en France, environ 10 000 personnes ont pu bénéficier du dispositif emploi accompagné – dont le budget est revalorisé chaque année. L’objectif fixé par le gouvernement est d’atteindre 30 000 personnes d’ici 2027. Un objectif ambitieux pour ce dispositif dont le développement dépend beaucoup du pilotage géré par… le gouvernement, qui devrait le transférer en 2025 à la délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP).
(1) Le sourcing est une méthode qui consiste à rechercher des profils de candidats qualifiés, déclarés en recherche d’emploi ou ouverts aux opportunités, pour un poste à pourvoir dans une entreprise.
(2) Dispositif de rencontres entre pairs professionnels afin qu’ils échangent leurs expériences.
Laetitia BONNET



