Article paru dans Le Média Social le 13 novembre 2025
Le collectif Cause majeur ! a travaillé sur les conséquences financières de divers scénarios de prise en charge des jeunes sortant à 18 ans de l’aide sociale à l’enfance (ASE). Un accompagnement optimal jusqu’à 25 ans pourrait générer un gain net pour la collectivité de 1,8 million d’euros sur une vie entière.
Après France terre d’asile sur la politique migratoire, le collectif Cause majeur ! (qui regroupe une trentaine d’organisations) entend à son tour démontrer qu’investir sur la protection de l’enfance peut profiter aux finances publiques.
Le collectif a rendu compte de son travail, le 13 novembre, dans les locaux de la Fondation des apprentis d’Auteuil, devant trois députées (Laure Miller, Isabelle Santiago, Ayda Hadizadeh), le Défenseur des enfants, un conseiller de l’Élysée et une centaine de personnes.
Fin de non-recevoir
Conscient que la bataille politique pour la reconnaissance de la protection de l’enfance suppose de prendre en compte la contrainte budgétaire, Cause majeur a travaillé pendant deux ans sur divers scénarios d’accompagnement des jeunes sortant de l’aide sociale à l’enfance (ASE) à 18 ans.
« Le coût de l’accompagnement des jeunes sortant de l’ASE est estimé à 800 millions d’euros, rappelle Sophie Diehl, responsable à l’association Citoyens & justice. Il nous faut convaincre Bercy que cet argent sera utile pour les jeunes, mais aussi pour le pays. »
« On se heurtait à une fin de non-recevoir de nos arguments », complète Hervé Laud, directeur de plaidoyer à SOS Villages d’enfants.
Les trois vies de Paul
D’un côté, coût de l’accompagnement simple et des difficultés de vie (chômage, maladie…), de l’autre, impôts, cotisations sociales et taxes : « Nous avons utilisé 200 sources de l’Insee, de la Drees, de la CAF, de France stratégie… pour faire nos calculs. Tout est traçable », précise Sophie Diehl.
Le « jeu » a été de prendre un personnage fictif non genré du nom de Paul, pour lequel on a mesuré les conséquences financières d’un type d’accompagnement plus ou moins long.
Par exemple, s’il sort brutalement des dispositifs à 18 ans, il aura très peu de chance de faire des études longues. En effet, si 77 % des jeunes de l’ASE aspirent à poursuivre des études, seuls 3 % sont titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur, dénonce le collectif.
Paul est lâché…
Le premier scénario correspond à la réalité la plus fréquemment vécue : un accompagnement jeune majeur de quelques mois, avant que le jeune soit prié de voler de ses propres ailes.
Sa vie se déroule souvent difficilement avec des études limitées, une intégration professionnelle compliquée, un logement précaire, des conditions de travail difficiles qui se traduisent parfois par des incapacités et un décès précoce (un homme sans diplôme décède en moyenne à 75 ans contre 84 ans pour un cadre).
Sur le plan financier, l’investissement pour un contrat jeune majeur représente en moyenne 7 300 €, mais l’ensemble des coûts sociaux (allocations chômage, assurance maladie, RSA, etc.) sont considérables (autour de 670 000 €).
Ceux-ci sont supérieurs aux recettes engendrées par les impôts ou les cotisations payées. Cette vie détruite ou du moins abîmée se solde par un déficit supérieur à 100 000 € pour les finances publiques.
Paul est accompagné…
Le troisième scénario (voir ci-dessous le deuxième scénario) baptisé « Croire en ses rêves » se caractérise par une fin de l’accompagnement à 25 ans (ce qui correspond à la réalité de nombreux jeunes, hors ASE).
Disposant de sept années après le couperet des 18 ans, Paul va pouvoir suivre la formation d’ingénieur dont il rêvait. Sa vie sera plus simple : métier intéressant, bien payé avec une ascension sociale, une bonne santé…
L’investissement en accompagnement aura été d’environ 85 000 € et au final, le gain pour la société est considérable. En effet, cette personne va payer beaucoup plus d’impôts, toucher peu de revenus sociaux et être beaucoup moins malade. « Le gain final estimé pour la collectivité est de 1,8 million d’euros, soit 21 fois le coût de son accompagnement », écrit le collectif.
Le document du collectif examine également un scénario intermédiaire qui est celui du droit opposable à l’accompagnement. Concrètement, Paul va décrocher son BTS, être suivi jusqu’à 23 ans et mener un cursus assez classique. Sauf qu’il n’aura pas atteint son rêve d’être ingénieur. Il va coûter moins cher que dans le scénario 3 mais rapporter beaucoup moins. Le gain net pour la société tourne autour de 450 000 €.
Ne plus sacrifier une majorité de jeunes
« Tant qu’on se contentera d’applaudir quelques réussites de jeunes, on acceptera que la majorité soit sacrifiée », dénonce une jeune femme placée qui s’en est bien sortie.
En montrant que la société a intérêt à accompagner ces jeunes, le collectif entend transformer des exceptions en règle générale. Cause majeur ! réaffirme dès lors la nécessité d’accorder un droit opposable à l’accompagnement, s’il le faut jusqu’aux 25 ans du jeune.
Noël BOUTTIER



