Le coût de la politique d'accueil

Une politique d’accueil « plus humaine » rapporterait 3,3 milliards d’euros par an

Article paru dans le Média Social le 12 novembre 2025

Selon France terre d’asile, repenser l’accueil et l’intégration des migrants permettrait de dégager 3,3 milliards d’euros d’économies et de recettes chaque année. L’association présidée par Najat Vallaud-Belkacem plaide pour une approche « plus humaine et plus rationnelle ».

« Notre politique migratoire actuelle est un double gâchis : un gâchis humain, indigne de notre République, et un gâchis financier qui coûte des milliards aux contribuables », déplore Najat Vallaud-Belkacem, présidente de France terre d’asile et ancienne ministre socialiste, lors de la présentation d’un plan d’action chiffré, le 7 novembre à Paris.

Alors que le gouvernement cherche à réaliser 30 milliards d’euros (Md€) d’économies d’ici à 2027, France terre d’asile estime qu’une politique d’accueil et d’intégration « plus humaine et plus rationnelle » permettrait de rapporter 3,3 Md€ par an au budget de l’État et de la Sécurité sociale.

Le coût du non-investissement

« On dit souvent que tout l’accueil des demandeurs d’asile coûte extrêmement cher, mais on prend rarement en compte les coûts générés par l’absence d’investissement dans l’apprentissage du français, dans un bon hébergement ou dans un accompagnement adapté des familles », a déclaré Najat Vallaud-Belkacem.

L’association a analysé « sujet par sujet » les gains budgétaires potentiels d’une « politique rationnelle et dépassionnée », a ajouté l’ancienne ministre.

Le directeur général de l’association, Vincent Beaugrand, a souligné qu’« au niveau terrain, on s’aperçoit que si on accueille bien les gens, qu’on les loge et qu’on leur permet de travailler rapidement, ils le font. Il y a un retour sur investissement ».

Mieux héberger pour moins dépenser

Le plan d’action de France terre d’asile repose sur cinq mesures. La première : « mieux héberger les personnes en demande d’asile pour moins dépenser ».

Les places dans le dispositif national d’accueil (DNA) sont spécialisées pour bien accueillir, accompagner et insérer socialement les demandeurs d’asile. « À cause du manque de place, on envoie les personnes vers l’hébergement classique sans accompagnement », déplore Vincent Beaugrand. Or, le coût journalier d’une place en DNA est estimé à 25 €, contre 30 € en hébergement d’urgence.

Créer les places nécessaires dans le DNA permettrait d’économiser 14 millions d’euros (M€) par an, estime l’association. Ces dysfonctionnements affectent aussi les Français, rappelle Najat Vallaud-Belkacem : « Les places censées servir pour les femmes victimes de violences en France sont occupées par des demandeurs d’asile faute de places dans le DNA. On lèse les Français aussi par cette politique inhumaine et absurde. »

Emploi, OQTF, régularisations

France terre d’asile préconise également de permettre aux demandeurs d’asile de travailler plus tôt, ce qui générerait 139 M€ par an, de rationaliser les obligations de quitter le territoire français (OQTF) pour économiser environ 41 M€, et de stopper l’expansion des centres de rétention administrative (CRA) afin d’économiser 219 M€.

L’association estime en outre que la régularisation de travailleurs sans papiers déjà présents sur le territoire et occupant un emploi déclaré rapporterait 2,9 Md€ de cotisations sociales supplémentaires.

« Nous ne sommes pas là pour profiter du système »

Boubacar, réfugié guinéen et administrateur de France terre d’asile, témoigne : « Quand on demande l’asile, il est indispensable de pouvoir travailler. On oublie que ceux qui arrivent avaient une vie, une famille, un métier. Travailler, c’est aussi s’intégrer dans la société, lutter contre l’isolement, et participer à l’économie du pays. »

Arrivé en France en 2014, il a passé un an au 115 avant d’obtenir son statut de réfugié en 2016. « Pendant deux ans, je n’ai pas pu me projeter. Si on m’avait permis de travailler, j’aurais pu dépendre moins des allocations, payer des impôts… »

Aujourd’hui salarié à Paris et coach de l’équipe de France de football des réfugiés, il lance un appel : « Je demande à l’État de permettre aux personnes exilées de travailler. Nous ne sommes pas là pour profiter du système. »

Une « chance économique » à saisir

France terre d’asile rappelle que, selon l’OCDE, la contribution de l’immigration à la croissance du PIB français a été de + 1,02 % par an entre 2006 et 2018. « Loin des idées reçues, la migration, lorsqu’elle est organisée, est une chance économique », affirme l’association.

Elle estime que la France se prive d’une part de ces bénéfices en raison de délais administratifs excessifs, de la défaillance du système numérique Anef et du sous-investissement dans la formation linguistique et professionnelle.

« Pourtant, le besoin est là : des secteurs clés de notre économie (soin, BTP, restauration) reposent déjà sur le travail des personnes immigrées. On estime que sans elles, 30 % des Ehpad devraient fermer et la moitié des chantiers de construction seraient à l’arrêt. », précise France terre d’asile.

Quelles suites ?

« Je commence à être fatiguée qu’on présente les associations comme des humanistes bisounours », a déclaré Najat Vallaud-Belkacem. « Au contact du terrain, nous sommes les mieux placés pour connaître comment fonctionnent ou pas les politiques publiques. Nous avons une légitimité à apporter notre pierre à ce débat. »

La mise en œuvre des mesures présentées par France terre d’asile « peut  être engagée rapidement », assure l’association, certaines par voie réglementaire, d’autres dans le cadre du projet de loi de finances (PLF) et du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2026. Les premières économies pourraient être visibles dès 2026, le plein rendement budgétaire « d’ici 18 à 24 mois. »

Reste à savoir si, dans le contexte budgétaire actuel et au vu des orientations politiques récentes, ces propositions trouveront un écho au Parlement et au sein de l’exécutif. « Le débat n’est pas uniquement à l’Assemblée, il se joue aussi avec la société civile », conclut toutefois Boubacar.

Marine DERQUENNE

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