Article paru dans Le Média Social le 9 décembre 2025
Le 10 décembre, l’association Im’Pactes va officiellement inaugurer son centre d’appui à l’enfance, Asterya. Dédié à la santé des enfants de l’aide sociale à l’enfance, ce lieu inédit en France, porté par un partenariat public-privé, pourrait essaimer dans toutes les régions.
C’est une première en France : un centre de santé dédié aux enfants de l’aide sociale à l’enfance (ASE) sera officiellement inauguré le 10 décembre à Paris. Objectif de ce projet porté par l’association Im’pactes, en partenariat avec l’AP-HP (Assistance publique-hôpitaux de Paris) et la mairie de Paris : assurer les bilans et les suivis de santé des enfants confiés.
Implanté dans une ancienne école maternelle au cœur du 12e arrondissement, ce centre d’appui à l’enfance, baptisé Asterya – petite étoile en grec – n’a rien d’un hôpital. Pourtant, il s’agit bien d’une unité de soins rattachée à l’hôpital Necker et dans lequel exerce actuellement une vingtaine de personnels (37 ETP en mars prochain).
Un lieu conçu pour les enfants
Dès l’entrée, tout est fait pour un accueil attractif des enfants. Un coin jeu, agrémenté d’un tipi et de coussins, est niché sous un large escalier de bois qui mène aux étages. Pour descendre, il n’y a qu’à s’élancer du haut du toboggan tubulaire en acier, et remonter pour retenter l’aventure. « Le toboggan est conçu comme un outil thérapeutique, il permet aux enfants de s’approprier les lieux », explique Céline Greco, médecin et fondatrice de l’association Im’Pactes.
Sur les murs couleurs pastel, des œuvres du street artiste Seth représentant des enfants, surgissent ici et là. Au plafond, une myriade de mini-spots dessinent un ciel étoilé de constellations.
Conçu par l’architecte Jean-Marie Duthilleul, le bâtiment compte une trentaine de boxes et salles de consultation, agencées le long de murs incurvés comme des vagues.
Absence de prise en charge
C’est dans cet espace de 920 m2 que les enfants de l’ASE vont pouvoir bénéficier du bilan de santé prévu par la loi mais rarement effectué. « Aujourd’hui, alors que c’est inscrit dans la loi de 2016 et dans la loi de février 2022, moins de 30 % de ces enfants ont un bilan de santé global à l’entrée dans le dispositif de protection de l’enfance », rappelle Céline Greco.
Quant au suivi de santé, 90 % n’en bénéficient pas, ce qui laisse des milliers de jeunes, victimes de négligences et/ou de violences physiques, psychologiques ou sexuelles intrafamiliales, sans aucun soin adapté.
Or, en l’absence de prise en charge, ces enfants vont avoir, à l’âge adulte, deux à trois fois plus de risques de développer des maladies cardio-vasculaires, auto-immunes, respiratoires, du diabète ou encore un cancer. Ils auront « trois à quatre fois plus de risque de souffrir d’anxiété ou de dépression au risque de perdre en moyenne 20 ans d’espérance de vie », déplore-t-elle.
Mécénat
C’est ce constat qui l’a conduit à déplacer des montagnes pour mener ce projet d’un budget s’élevant à 8,5 millions d’euros. Financé par les mécènes de l’association Im’pactes (Accor, Kering Foundation, AXA, Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale, Vinci…), Asterya relève d’un groupement de coopération de santé porté avec l’AP-HP.
La ville de Paris, qui met le bâtiment d’une ancienne école à la disposition d’Im’Pactes, apporte son soutien avec la région Île-de-France et l’État, via le ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles.
Trois parcours
Concrètement, les départements franciliens peuvent s’adresser à Asterya pour réaliser un bilan de santé complet et assurer le suivi d’un enfant.
En fonction de ses besoins, trois types de parcours sont proposés : le parcours dit « standard » pour les enfants qui ne présentent pas de pathologies importantes. Ce parcours – qui peut être fait en lien avec les professionnels libéraux en ville – est amené à s’inscrire dans le parcours de soins coordonnés qui doit fusionner les expérimentations Pegase et Santé protégée.
Les deux autres parcours visent les enfants « qui vont mal ou très mal » et nécessitent un suivi plus soutenu par l’équipe pluridisciplinaire du centre qui compte pédiatres, orthophonistes, pédopsychiatres, infirmières, psychologues et psychomotriciens.
Au programme aussi de l’art-thérapie, de la médiation animale, des activités sportives et de « la potago-thérapie » seront proposés par des professionnels paramédicaux.
Au total, le centre envisage de réaliser 2 000 bilans par an et de suivre 800 enfants.
Formation
Outre cette « mission clinique », Asterya envisage une activité « formation » en particulier auprès des travailleurs sociaux des maisons d’enfants afin de les aider dans la gestion des crises et ainsi, limiter les passages aux urgences.
Plus globalement, le centre a pour ambition de devenir un « lieu ressource » pour l’ensemble des acteurs concernés par les enfants victimes de violences.
Manque d’éducateurs
Au-delà des professionnels de santé, le centre, ouvert depuis le 12 novembre, compte une solide équipe administrative. En effet, « il y a un travail administratif énorme car, souvent, les enfants n’ont pas de carte de sécurité sociale voire pas de carte d’identité », souligne Céline Greco. Sur ce point, le ministère de la Santé et la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) se sont engagés à ce que l’absence de papiers ne soit pas bloquante pour l’accès aux soins.
Une autre difficulté se fait déjà sentir : les tensions en ressources humaines pour accompagner les enfants au centre. « Certains éducateurs annulent un rendez-vous car l’un des collègues est absent, ce qui ne lui permet plus de se déplacer ». Pour pallier ce phénomène, Asterya envisage de mettre en place un transporteur afin d’aller chercher les enfants dans leurs foyers.
Essaimage
Trois semaines après son ouverture, le centre a déjà reçu une cinquantaine d’enfants et une liste d’attente est en train de se constituer. « Je souhaite que l’on soit débordé, cela signifiera que cette offre est saisie et qu’il y a besoin de la dupliquer », défend Céline Greco.
Des centres Asterya devraient d’ailleurs ouvrir en 2026 à Bordeaux avant Lille, Strasbourg et Marseille avec, in fine, l’ambition d’aboutir à un centre d’appui par région d’ici 10 ans.
Noémie COLOMB



