Le virage domiciliaire dans le champ du grand âge ne pourra se faire qu’à condition d’une montée en compétences et en responsabilisation des professionnels de l’aide à domicile, et une modernisation profonde (financement, fonctionnement, organisation) des services autonomie.
Les services autonomie sont en effet appelés à jouer un rôle de repérage et de prévention (de la maltraitance, des fragilités, de l’isolement) et de soutien des aidants, d’intervention de premier recours (informer et orienter vers les dispositifs ad hoc), et de facilitation d’accès aux soins et de lien social. Autant dire, un rôle complet et quasi exhaustif d’accompagnement des besoins des personnes âgées à domicile.
Pour que ces besoins s’expriment, il faut que les personnes se sentent libres de le faire, en s’affranchissant des cases (prestations) proposées et en s’affranchissant parfois des demandes de la famille. Cela suppose que les professionnels qui interviennent, soient formés pour proposer des modes de communication adaptés aux personnes qu’il y ait un trouble cognitif ou non.
Cela suppose également que chaque professionnel soit en responsabilité d’accompagnant de parcours de la personne accompagnée, travaillant en lien étroit avec l’environnement direct de la personne (famille, amis, voisins, commerçants, associations, collectivités, organismes de droit commun, professionnels de santé…), et donc qu’il puisse disposer du temps et de la latitude nécessaire pour faciliter la pleine participation citoyenne des personnes. En effet, les personnes âgées ne sont pas soumises car diminuées, mais fortes de leur expérience de vie. Ne pas aller chercher leur expression, leur avis, leur consentement sur ce qu’elles vivent ou ce qu’elles veulent vivre, revient à les faire taire. Ce sont, comme les personnes handicapées, avant tout des sujets de droit.
Ces accompagnements hautement délicats ne peuvent se satisfaire d’être confiés à des professionnels sans formation ou peu s’en faut, sans travail d’équipe et réflexivité, sans partenariat solides et efficients.
À l’instar du champ du handicap qui découvre que la personne accompagnée peut avoir envie d’autres choses que ce que l’établissement ou le service lui propose, la personne âgée à domicile peut avoir envie ou besoin d’autres choses que le panier de prestations fléché par les financeurs. S’agit-il d’une révolution ? Cela pose la question du financement, dans un contexte de volonté de rapprochement entre situations de handicap (aux multiples facettes) et situation de dépendance (fonctionnelle) ou de perte d’autonomie (cognitif). Si ce rapprochement est souhaité, ce n’est pas pour adopter un traitement unique, mais pour proposer une orientation partagée et rendre la participation des personnes accompagnées universellement accessibles. Si c’est accessible pour toutes ces personnes, s’affranchissant de leurs difficultés individuelles, alors ce sera accessible pour tous (esprit de la loi 2005-102 du 11 février 2005). C’est plusieurs décennies, voire plusieurs siècles de pratiques de la discrimination, de la stigmatisation et de l’enfermement arbitraire (si ce n’est plus) que notre société judéo-chrétienne doit faire tomber.
Un accompagnement de parcours qui ne se satisfait pas d’exécuter des tâches prescrites (par d’autres), mais serait en mesure de faciliter l’inscription de chacun dans la société selon ses aspirations est peu compatible avec un mode de financement largement dépassé et insuffisamment adapté aux besoins.



