Le travail social, une ressource fragile

Pour moi, l’un des maîtres mots de la feuille de route du HCTS est le mot « valeurs ».
Les repères sociaux ne sont plus portés par les valeurs fondamentales qui font société. Elles ont depuis longtemps été détrônées par la recherche du profit ou de la rentabilité concernant l’action sociale.

Un grand remplacement des valeurs ?

Pire, d’autres « valeurs » semblent être venues remplacer celles qui favorisaient le vivre ensemble. Ce sont des « états esprits » plus que des valeurs d’ailleurs. Ils sont portées par la pensée immédiate et toute faite des fake news, du complotisme, nourrit par le terreau des concepts d’assimilation et de la globalisation. Ces « états d’esprit » ne nous permettent plus d’accepter et d’accueillir l’autre tel qu’il est, avec ses richesses et ses failles. En revanche, ils prônent sans discernement la haine et le rejet, le chacun pour soi et la casse sociale, si ce n’est pire.  Le vieux, le pauvre, le malade, la femme isolée, le mineur en difficulté, l’étranger sont suspects. Suspects d’être « assistés », de coûter cher à la société, d’entraver la réussite de ceux qui se croient exempts de ces « tares ».

Des injonctions paradoxales pour le travail social


Pour satisfaire ces « visions » simplificatrices de la société, le politique ne choisit pas, par respect pour cet électorat. Le législateur incite sans donner les moyens, suggère et encourage sans permettre. D’un côté, il dit son intérêt pour le préventif (depuis plus de 20 ans maintenant), et d’un autre, dépense de plus en plus -et mal- pour du curatif, version « pompier ».
Le travail social cohabite effectivement avec ces nouvelles normes : l’inflation gestionnaire qui met le calcul avant l’humain, qui cultive la défiance de l’autre, potentiellement tricheur ou profiteur, et l’absence de perspectives d’un réel changement où les moyens seraient alignés avec les injonctions…
Même si ces « pensées-là » sont de plus en plus audibles (et bruyantes, voire cacophoniques), il n’en demeure pas moins que d’autres personnes, parmi lesquels les travailleurs sociaux, rament inlassablement contre ce courant. Ils font des choses formidables, savent écouter, pendre en compte, valoriser, ils rendent de l’espoir et de l’estime de soi. Petites gouttes d’eau d’humanité au milieu d’une société de plus en plus injuste et brutale.

Le travail social est à la fois riche et fragile, car il repose sur les femmes et les hommes qui se lèvent tous les matins pour accompagner des plus fragiles qu’eux.

#travailsocial ; #fragilité ; #valeurs ; #société ; #prévention

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