La réforme des services autonomie, ambition nationale ou casse du secteur ?

Plus les jours et les mois passent, plus je sens de la paralysie et de la crispation vis-à-vis de la réforme des services autonomie à domicile. Les dirigeants de services avec lesquels je m’entretiens ces derniers jours sont très amers et inquiets pour leur survie tout court. Devenir service autonomie, tenant compte des imprécisions comme autant d’embûches sur cette route, n’est donc pas une priorité. De ces entretiens, plusieurs constats et questionnements me viennent pêlemêle. De quoi interpeller les décideurs publics, actuellement terriblement absents.

Des services sont exsangues faute de pouvoir recruter. Ils sont pour la majorité des services interpellés, incapables de répondre à la demande dans sa totalité. Les ex-SAAD sont sous l’eau et plus que jamais déficitaires. Les SSIAD sont paralysés par l’impasse dans laquelle la réforme des services autonomie veut les plonger.
Des organismes gestionnaires sont en effet, sommés de se saborder pour se dissoudre dans d’autres organismes gestionnaires n’ayant pas la même raison sociale, les mêmes conventions collectives, etc.
Comment une association d’envergure départementale, voire extra-départementale peut accepter de mettre son organisation et son fonctionnement à la découpe pour satisfaire aux périmètres des communes qu’elle sert ?

On observe dans de nombreux départements, des traitements différenciés selon le statut du service (privé lucratif, associatif, public), sans tenir compte des efforts des dirigeants en termes de qualité de service. En effet, par leurs différences de traitements, les Conseils Départementaux donnent le coup de grâce aux « petits services » privés lucratifs, là où la loi n’a pas tranché.
Rien n’est pensé dans la réforme des SAD pour envisager la coopération avec les emplois directs et les organisations spontanées de personnes en emploi direct qui eux, ne sont soumis à aucune règle de fonctionnement et aucun cahier des charges.

Si les regroupements et fusions cristallisent les identités et les valeurs défendues comme autant de châteaux redoutant le siège de l’ennemi, les ARS d’un côté refusent que les SAD « aide » se dotent de personnels infirmiers ; et les Conseils Départementaux de l’autre, s’opposent à tout recrutement de professionnels de l’aide et de l’accompagnement dans les SSIAD. Alors même que ces solutions faisaient parties des options envisagées par le législateur.
La situation semble donc bloquée et la réforme inapplicable car irréaliste. Les tutelles sensées montrer le chemin, n’ont-elles-mêmes aucune solution à apporter ? Où est la grande ambition nationale du virage domiciliaire que dont ces services autonomie devaient être un des premiers recours ?

Avons-nous à faire à un Etat schizophrène et incohérent qui choisit une politique de l’engorgement des hôpitaux déjà à l’os, et des établissements sous-dotés, plutôt que de faire le choix politique d’investir dans une démarche préventive et qualitative facilitant l’accompagnement à domicile ? Est-ce que les personnes qui ont pensé cette louable orientation de regrouper dans des mêmes services intégrés l’aide et le soin, connaissent un tant soit peu le mille feuilles éhonté de ce secteur d’activité ?
Ces crispations et paralysie à répondre à la loi est le résultat d’une politique non réfléchie avec les acteurs de terrain. Politique a pour effet de dézinguer un secteur d’activité alors ses intentions premières étaient de le revaloriser.

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