Le coût du désinvestissement de l'aide à domicile

Aide à domicile : un désinvestissement qui pénalise tout le monde

Article paru dans le Média Social le 3 décembre 2025

Une étude commandée par Adédom et l’Ocirp montre que la baisse des financements alloués à l’aide à domicile a un impact considérable sur les territoires. Pour les personnes âgées, chaque euro non investi engendrerait 3,50 € de coûts supplémentaires ; pour les personnes handicapées, ce surcoût serait de 2,30 €.

« L’aide à domicile joue un rôle de prévention globale : prévention de la perte d’autonomie, prévention des hospitalisations, prévention de la rupture professionnelle des aidants, prévention de la désorganisation économique locale. »

Dans leur étude rendue publique le 27 novembre, la fédération associative Adédom et l’organisme de prévoyance Ocirp réaffirment les bénéfices de l’aide à domicile, non seulement pour les bénéficiaires, mais pour l’ensemble de la société.

Entre 2,5 % et 7,5 % de baisse d’emplois

Face au recul, ces dernières années, des financements dédiés à l’aide à domicile, les deux organisations ont chargé Eurogroup consulting et Koreis conseil d’en mesurer les conséquences, à la fois pour les territoires et pour les personnes âgées ou handicapées.

Un comité scientifique indépendant de huit personnalités a supervisé la rigueur méthodologique. L’étude souligne que « les hypothèses retenues sont transparentes et conservatrices, afin d’éviter toute surestimation des impacts. »

La directrice générale d’Adédom, Laetitia Verdier, rappelle les données macroéconomiques du secteur, tous statuts confondus : 380 millions d’heures d’intervention par an, 300 000 emplois (soit 237 000 ETP), et des retombées estimées à 2,5 milliards d’euros pour les finances publiques (cotisations salariales et patronales, impôt sur le revenu, etc.).

Trois niveaux de perte d’emplois

Depuis plusieurs années, l’offre d’aide à domicile se contracte. Le nombre de postes salariés a tendance à se réduire du fait notamment de la non-consommation de plans d’aide de l’APA.

L’étude évalue les effets de cette contraction de l’offre à la fois sur les territoires et sur les particuliers (hausse du reste à charge), avec en toile de fond une question omniprésente dans le débat public : réduire le financement de l’aide à domicile est-il réellement avantageux pour les finances publiques ?

Pour mesurer l’ampleur de la dégradation de l’emploi, trois critères ont été croisés : les caractéristiques socio-économiques du territoire, son niveau d’urbanisation (le milieu rural étant plus exposé), ainsi que les choix du conseil départemental. Résultat : les territoires faiblement touchés perdent 2,5 % des emplois par an, ceux moyennement exposés 5 %, et les plus fragiles jusqu’à 7,5 %.

Pertes de ressources

Deux territoires témoins (l’un très urbain, l’autre rural) ont été retenus pour illustrer ces conséquences.

Dans la communauté d’agglomération d’Orléans, classée en exposition moyenne (soit – 5 % d’emplois), une centaine de postes (sur les 1 607 ETP) pourraient disparaître. Sur la base d’un coût compris entre 13 000 € et 25 000 € par emploi supprimé (données Igas), la perte annuelle serait d’au moins 1,3 million d’euros (M€), pouvant atteindre 2,5 M€.

Dans la communauté de communes de Caux-Austreberthe (Seine-Maritime), plus fragilisée, 7,5 % des postes pourraient être supprimés, soit 10 emplois sur 141. Le coût annuel de ces destructions d’emplois serait compris entre 137 800 et 265 000 €.

Comme l’expliquent Adédom et l’Ocirp, « la baisse de l’aide à domicile se traduit par une perte d’emploi immédiate, une réduction de l’offre disponible et un surcoût pour les finances publiques, confirmant la dimension stratégique de ce secteur pour les dynamiques locales. »

Plus de soins et d’hospitalisations

Quelles conséquences pour les bénéficiaires ? Pour les personnes âgées, la réduction des interventions à domicile s’accompagne fréquemment d’une perte de capacités fonctionnelles, entraînant « une augmentation des hospitalisations, des épisodes de soins non programmés et un recours plus fréquent aux professionnels de santé ».

L’entrée en établissement devient également plus précoce (à 84 ans en moyenne, contre 86 ans), générant des dépenses supplémentaires. Au total, l’absence de suivi à domicile représenterait un surcoût de 87 000 €, « dont près de 40 % supportés directement par la puissance publique, entre soins, hospitalisations et prise en charge institutionnelle ».

Les aidants en première ligne

Selon l’étude, chaque euro désinvesti dans l’aide à domicile pour les personnes âgées générerait 3,50 € de coûts supplémentaires, répartis presque équitablement entre les autorités publiques (1,55 €) et la personne âgée ainsi que son aidante (1,75 €). Ce dernier montant inclut les incidences sur la vie professionnelle et la santé psychologique des aidants.

Pour les personnes handicapées, le coût supplémentaire s’élève à 2,30 € par euro non investi. Si la part restant à la charge du bénéficiaire n’est que de 0,23 €, l’effet global demeure lourd. Sur le parcours (plus long) de la personne handicapée, le coût pour les finances publiques d’un désengagement de l’aide à domicile atteint en moyenne 1,755 million d’euros par personne, en raison de la prise en charge très onéreuse en établissement.

Adédom et l’Ocirp en concluent de façon très claire : « Désinvestir dans l’aide à domicile revient à payer plus pour accompagner moins. »

Noël BOUTTIER

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