Article publié dans Le Média Social le 23 décembre 2024
Implantée principalement dans le Pas-de-Calais, la Vie active s’est organisée pour faire remonter des interrogations éthiques venant des professionnels. Et l’association mobilise plusieurs outils : des vidéos et, depuis peu, un podcast.
Les réflexions éthiques dans les structures sociales et médico-sociales semblent parfois réservées aux cadres dirigeants ou à quelques spécialistes. Et pourtant, comme la Haute autorité de santé (HAS) le prévoit désormais pour la nouvelle génération d’évaluations des ESSMS, la réflexion éthique devient une dimension incontournable du travail d’accompagnement des publics vulnérables.
Implantée notamment dans le Pas-de-Calais, l’association La Vie active déploie un important dispositif pour permettre à chacun, salariés et publics accompagnés, de s’emparer des questions éthiques. Les explications de Delphine Brard, directrice de la stratégie et de la communication.
Vous venez de produire votre premier podcast sur les questions éthiques posées par la liberté d’aller et venir. Pourquoi ce choix ?
Delphine BrardAvant de vous répondre, il faut resituer cet outil dans une stratégie plus globale, définie dans le projet associatif de la Vie active. Dès mon arrivée dans l’association en 2018, je me suis rapprochée de l’Espace régional d’éthique des Hauts-de-France, qui m’a aidée à constituer un comité de réflexion éthique au sein de l’association.
L’idée est d’arriver à traiter des questions qui se posent, en prenant le temps de réfléchir et en s’imprégnant des expériences du terrain.
Concrètement, comment avez-vous procédé ?
D. B. Nous avons décidé que chacun des sept secteurs d’activité [voir encadré] serait représenté par un membre. À ces sept personnes se sont ajoutés, lors de sa création en 2019, un chef urgentiste, par ailleurs philosophe, et une personne qualifiée nommée par le département.
Chacune des réflexions que nous engageons commence en interrogeant des professionnels et plus récemment des personnes concernées. Au début, tout se passait au siège à Arras, mais maintenant, l’ensemble du comité se déplace dans les établissements pour recueillir la parole des uns et des autres.
L’expression des usagers est plus facile dans leur lieu de vie et puis le temps de transport pour aller à Arras est souvent supérieur à une heure, ce qui rend le déplacement parfois difficile.
Comment choisissez-vous les thèmes de vos réflexions ?
D. B. Nous avons créé une boîte mail qui permet à chacun d’envoyer des questions. Quand elles relèvent plus de problématiques « ressources humaines », elles ne sont pas traitées dans cette instance. Les questions retenues sont en prise directe avec le quotidien des établissements.
Par exemple, un résident ayant une pathologie Alzheimer avait fugué vers la Belgique suite à un repas à l’extérieur de l’établissement. D’où cette question : faut-il désormais renoncer à ce type de sorties ?
Et comment cela fonctionne concrètement ?
D. B. L’idée est de prendre le temps de réfléchir aux questions posées. À raison d’une journée (prise sur le temps de travail) par trimestre, il nous faut environ un an pour rendre un avis. Mais il faut ensuite le faire connaître et permettre aux uns et aux autres de se l’approprier.
Attention : les avis ne se substituent pas aux décisions que prennent en toute indépendance les professionnels. Cela permet « seulement » d’éclairer leur réflexion.
Mais comment faire connaître ces réflexions aux 4 000 salariés de l’association ?
D. B. Dès le départ, nous avons opté pour un mode de restitution via la vidéo. Dès qu’un avis est rendu, nous réalisons une vidéo disponible pour tous sur des plateformes comme YouTube. Mais c’est aussi un outil pour aller à la rencontre des professionnels et des personnes accompagnées. Et cela a des effets inattendus.
Sur la question de la sexualité des personnes âgées, nous nous sommes rendus dans quatre ou cinq Ehpad pour engager la discussion. Dans l’un d’entre eux, le directeur ne s’attendait pas à ce que de nombreux résidents parlent des réactions de leur famille quand ils tombent amoureux d’une personne âgée du même établissement. Cela a vraiment libéré la parole !
Avez-vous d’autres outils de diffusion des réflexions de votre comité éthique ?
D. B. Nous proposons en interne une version facile à lire et à comprendre (Falc) et une version vidéo en langue des signes. Et dernièrement, nous avons lancé notre premier podcast « Questionnement éthique » consacré à la liberté d’aller et venir des personnes âgées.
D’une durée de 22 minutes et réalisé avec une radio locale, il donne la parole à des résidents et à deux directeurs. Avec cette interrogation : comment concilier liberté de déplacement et sécurité des personnes souvent fragiles ?
Quels sont les premiers retours ?
D. B. Quel que soit leur secteur, les professionnels se disent intéressés par l’outil podcast. Cela permet d’ouvrir la connaissance, de découvrir d’autres collègues et de souder les équipes. Depuis 2019, les choses ont progressé : au début, on avait du mal à constituer le comité éthique.
Dernièrement, pour remplacer un membre, nous avons eu huit à neuf candidats. Face à l’importance et la spécificité des questions autour de l’enfance, nous venons de constituer un comité éthique enfance, avec des professionnels de ce secteur. Premier chantier : l’enjeu de la majorité.
Une institution dans le Pas-de-Calais
L’association la Vie active qui a fêté ses 60 ans en 2024 couvre l’ensemble des champs du social et du médico-social essentiellement dans le Pas-de-Calais. Elle intervient dans sept secteurs : travail notamment (4 Esat…), enfance (11 IME, 8 Sessad, etc.), adultes handicapés (8 foyers, 4 SAVS…), personnes âgées (14 Ehpad dont 3 en région parisienne…), social (2 CHRS, 2 Mecs, 2 clubs de prévention…), humanitaire et formation.
Avec ses 4 000 salariés (quasiment tous dans le Pas-de-Calais), l’association est l’un des plus gros employeurs de l’ESS dans ce département.
Noël BOUTTIE



