Colloque CAA

ESMS : comment monter en compétences sur la communication alternative améliorée ?

Article publié par Le Média Social le 10 février 2026

C’est une manière de communiquer qui n’utilise pas le langage verbal : par les gestes, les sons, le pointage de pictogrammes ou l’usage de tablettes, des personnes polyhandicapées parviennent à mieux communiquer. Loin d’être un simple outil, la CAA est au cœur des enjeux d’autodétermination et de participation des personnes.

« Lorsqu’une parole vocale fait défaut, il ne doit pas y avoir de déficit de droit, de lien ou de pouvoir d’agir », a défendu d’emblée Joël Decat, président de l’Association ressources polyhandicap Hauts-de-France (ARP-HDF), en ouverture d’un colloque ayant réuni 300 professionnels et familles, le 29 janvier, à l’Institut régional du travail social (IRTS) de Loos (59).

Des référents dédiés

Thématique centrale de cette journée organisée avec le Creai Hauts-de-France, la communication alternative améliorée (CAA) se définit comme un ensemble de stratégies et d’outils destinés à compenser des déficiences de la communication orale et écrite : on parle de gestes et mouvements, d’expressions faciales, de regards, de cris, mais aussi de cahiers de pictogrammes, tablettes de communication ou outils numériques de synthèses vocales.

L’enjeu central de la CAA ne réside pas tant dans les outils à disposition que dans la construction d’une méthode de communication personnalisée, à partir des capacités de la personne et des signes de communication qu’elle déploie déjà.

Dans la région Hauts-de-France, un appel à projet émis en 2024 par l’agence régionale de santé (ARS) a permis de créer sept postes de référents dédiés au soutien des établissements et services médico-sociaux (ESMS) dans la mise en œuvre d’une démarche globale de CAA.

« Ces référents n’ont pas vocation à faire à la place des équipes mais de permettre aux équipes de monter en compétences pour que les référents puissent ensuite s’effacer. C’est un travail exigeant, un travail de fond, mais un formidable levier pour améliorer la qualité de vie des personnes et renforcer l’effectivité des droits », assure Charly Chevalley, directeur de l’offre médico-sociale à l’ARS des Hauts-de-France.

La communication au cœur du projet

Fortement axée sur l’échange de pratiques entre professionnels et familles, la journée a permis de soulever de nombreux enjeux. Toutes et tous s’accordent sur un point : l’absolue nécessité de communiquer.

« La communication ne doit pas se concevoir comme une « activité » mais doit être présente sur l’ensemble des temps du quotidien », souligne Dominique Crunelle, orthophoniste et docteur en sciences de l’éducation, après avoir présenté différents cas pratiques. Un point qui ne semble pas faire débat, mais dont l’évidence reste à rappeler.

Marie-France Leman, médecin et mère d’un enfant en situation de polyhandicap, relate ainsi : « Mon fils est devenu polyhandicapé, suite à une maladie, à 15 mois. Un de ses médecins m’a dit :  »désormais, ce sera comme arroser une plante » ».

Dans les colloques et les groupes de travaux sur le sujet, elle défend l’absolue nécessité de penser la communication avec les personnes polyhandicapées : « Le premier projet personnalisé adulte pour mon fils ne comportait le terme « communication » à aucun endroit. Les équipes ne m’avaient tout simplement pas demandé comment on communiquait. »

S’assurer du libre choix

Dans ce contexte, un geste ou un son (frapper sa tête, grogner) peut être interprété comme un trouble du comportement alors qu’il est un signe de communication. « Il faut que ce soit obligatoire qu’on parle de communication, qu’on sache que la personne communique et qu’on se préoccupe de savoir comment », rappelle Marie-France Leman.

Chanter une comptine annonçant un brossage de dents, savoir qu’une frappe sur la poitrine indique que le repas est bon et une frappe sur l’estomac que la personne n’a plus faim, qu’un son guttural de cette petite fille veut dire « encore » et qu’une autre ne pourra pointer des pictogrammes que si le silence règne : au fil de la journée, professionnels et familles relatent des expériences qui révèlent qu’avec du temps et des méthodes adaptées, on peut communiquer et s’assurer du libre choix de chaque personne.

Sensibiliser plutôt que former

C’est notamment pour développer ces méthodes dans les ESMS que l’équipe dédiée de référentes CAA a été formée. « Nous ne faisons pas de formation mais de la sensibilisation », tient à préciser Guillemette Hessel-Balleyguier, coordinatrice des référentes. « Il s’agit de mettre le pied à l’étrier pour rendre la CAA accessible à tout le monde et cela débute par une conviction : oui, tout le monde communique et c’est à nous de nous adapter pour comprendre. »

Les référentes interviennent gratuitement et prennent toujours un temps d’immersion auprès des équipes pour ajuster les sensibilisations. « On va rassurer les professionnels en disant : vous faites déjà de la CAA quand vous décodez une mimique, un geste, une posture. »

Si la motivation des professionnels ne manque souvent pas, le contexte peut freiner le développement de la CAA. Manque de temps, turn-over, urgence permanente : « la CAA peut parfois être perçue comme une charge supplémentaire et nous le comprenons », indique Guillemette Hessel-Balleyguier.

Relation plus apaisée

Car toutes et tous le pointent, développer la CAA prend du temps. « Les outils individuels demandent beaucoup d’observation. C’est un travail de longue haleine, c’est fastidieux mais on y arrive », relate Johan Beaulieu, aide-soignant.

Les référentes souhaitent rassurer : « Notre objectif n’est pas de vous imposer quoi que ce soit. Nos temps d’intervention sont avant tout des temps d’écoute pour construire ensemble des solutions réalistes. »

Fortes de leur expérience de terrain, elles en sont convaincues : « quand on donne à chaque personne la possibilité de communiquer partout, tout le temps, on construit une relation plus apaisée. »

Rozenn LE BERRE

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