Premières mises en oeuvre de la transformation de l'offre

Handicap : comment la transformation de l’offre se met en œuvre

Article paru dans Le Média Social le 9 octobre 2025

Lors des journées scientifiques de la CNSA du 2 octobre, des professionnels ont présenté des initiatives illustrant la transformation de l’offre médico-sociale. Parmi elles, les plateformes de services visent un accompagnement décloisonné des personnes handicapées au plus près de leurs besoins. De telles démarches émergent aussi dans le grand âge.

C’est l’une des mesures annoncées lors de la Conférence nationale du handicap (CNH) d’avril 2023 : que les établissements médico-sociaux s’engagent à se transformer en plateformes de services d’ici à 2030.

Cette évolution vise à mettre fin à la logique d’établissements fermés pour que l’offre soit délivrée par des structures proposant toute la palette des accompagnements possibles (accompagnement à domicile, séquentiel, en établissement) au plus près des besoins de la personne accompagnée.

Sur le terrain, des plateformes existent déjà. C’est ce qu’ont montré deux évènements récents : l’une des tables-rondes des rencontres scientifiques de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) du 2 octobre, ainsi qu’une journée de l’agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France qui a réuni, le 26 septembre, près de 500 acteurs régionaux.

L’exemple de la Seine-et-Marne

Parmi les territoires cités lors de ces deux temps forts, le département de Seine-et-Marne (77) est érigé en exemple pour avoir mis en place, sous l’impulsion de l’ARS, depuis près de 10 ans, « la plateformisation » de l’accompagnement des enfants handicapés.

Cette nouvelle organisation repose sur « un maillage territorial fin et une responsabilité populationnelle », indique l’ARS. « Chaque plateforme agit sur un périmètre donné et doit répondre en premier recours aux besoins des enfants de son territoire ». Ainsi, le département a été découpé en zones d’intervention prioritaires (ZIP), sans zone blanche.

Les déficiences ont été regroupées en quatre grandes familles, « chacune structurée en parcours ».

Au total, aujourd’hui, 25 plateformes sont actives en Seine-et-Marne et « les premiers résultats sont très encourageants », se félicite l’ARS.

« Les délais d’attente pour accéder à un accompagnement adapté sont réduits, les enfants sont pris en charge plus tôt et les familles bénéficient de modalités d’accueil plus souples (accueil séquentiel et solutions de répit) », précise-t-elle.

Des autorisations élargies

Jody Surier, directeur général adjoint de la Fondation Ellen Poidatz, dont une partie des structures est implantée en Seine-et-Marne, raconte que cette évolution a été initiée par le décret du 9 mai 2017 relatif à la nomenclature des ESSMS.

Ce texte a en effet permis de créer des « autorisations élargies afin de permettre tout un parcours quel que soit l’âge ou le handicap de l’enfant », et de mettre en place « une approche multimodale et coordonnée » de l’accompagnement.

Selon lui, penser une offre intégrée permet aux personnes accompagnées d’entrer dans le médico-social « non pas par une modalité d’accompagnement mais par des attentes et des rêves ».

La première étape est ainsi « de les écouter avant de leur proposer un panel d’accompagnement avec une capacité à intervenir sur le territoire ». Les professionnels viennent sur les lieux de vie des personnes et de leurs familles « pour activer des adaptations de l’environnement ».

Les éducateurs qui exerçaient dans un établissement « deviennent alors des aidants qui agissent sur l’environnement » via des outils concrets (communication alternative et améliorée notamment)

« Se réinventer »

Pour sa fondation, « cela a été une merveilleuse opportunité de se réinventer », a-t-il expliqué, non sans lister les différents défis auxquels il a fallu faire face.

Car, la transformation des établissements pose des questions liées au bâti mais aussi aux transports, les professionnels devant être plus mobiles pour accompagner les personnes en milieu ordinaire.

Le management est alors « plus horizontal » et « favorise le pouvoir d’agir de toutes les parties prenantes ».

Exemple des Ditep

D’autres modèles de transformation de l’offre ont été mis en lumière le 2 octobre. Celui du « dispositif Itep » (Ditep) – qui réunit les Instituts thérapeutiques, éducatifs et pédagogiques (Itep) et les services d’éducation spéciale et de soins à domicile (Sessad) – et accompagne des jeunes porteurs de troubles psychiques, relevant souvent de l’aide sociale à l’enfance (ASE).

Roland Dysli, président de l’Association des Itep et de leurs réseaux (Aire) a aussi raconté comment les Ditep avaient été pionniers de cette transformation : « ils sont nés des anciens instituts de rééducation qui étaient des lieux très isolés à la campagne. La transformation s’est faite en trente ans de réflexion collective et sur la base d’expérimentation ».

Les pouvoirs publics ont emboîté le pas des professionnels pour autoriser les Ditep via le décret du 5 juillet 2024.

Samsah « emploi et habitat »

D’autres initiatives, comme le Samsah « emploi et habitat », qui permet d’accompagner des adultes autistes avec déficience intellectuelle dans le milieu ordinaire de travail, sont issues du terrain.

Initié par l’association Vivre et travailler autrement (VETA), le dispositif vise à accompagner la personne dans toutes les facettes de son quotidien (via des habitats partagés), et en particulier dans une entreprise ordinaire en CDI.

Et dans le grand âge ?

La transformation de l’offre a aussi lieu dans le secteur du grand âge. Le 2 octobre, Eric Jullian, chef d’établissements et services publics sociaux et médico-sociaux (EPSOMS 80, EPISSOS) dans la Somme, a ainsi expliqué comment la reprise de services à domicile a modifié le fonctionnement des structures d’hébergement.

Concrètement, les Ehpad proposent maintenant différentes modalités d’accueil avec un souci de retour à domicile : accueil de jour, temps de répit, hébergement temporaire.

« On s’est aperçu que 5 à 10 % des personnes en Ehpad peuvent rester à domicile, si on les accompagne uniquement la nuit : ils dorment dans l’établissement et rentrent chez eux la journée », précise Eric Jullian.

Cela suppose de faire travailler ensemble des professionnels du domicile et des établissements. « Avant, nous avions des coordinateurs de services qui organisaient les plannings des équipes, les absences, etc. Aujourd’hui, ce sont des coordinateurs de parcours qui font le lien avec tous les acteurs : médecins, pharmaciens, les clubs de seniors, mais aussi les équipes pluridisciplinaires de nos structures qui comptent des assistantes sociales, des CESF… ».

Noémie COLOMB

Retour en haut