Reportage paru dans Le Média Social le 8 janvier 2026
Lancé en 2024, l’institut médico-éducatif (IME) « Hors des murs » Vexin est un dispositif innovant, né du partenariat de l’IME du Bois d’en Haut à Ennery (95) et d’un réseau de professionnels paramédicaux libéraux du Vexin francilien. Dans ce territoire rural sous-doté en offre médico-sociale, l’équipe pluridisciplinaire accompagne 14 enfants sur tous leurs lieux de vie.
Arthur, sept ans, lunettes vertes et tee-shirt dinosaure, est attablé à son bureau dans sa classe de CE1 de l’école Paul Cézanne, à Marines (95). Comme tous ses camarades, il travaille dans le calme sur les exercices proposés par son enseignante. À côté de lui, son AESH (accompagnant d’élèves en situation de handicap) l’épaule comme chaque jour.
Une autre personne est également présente ce lundi matin de novembre : Noémie Lodes Lutinier, l’éducatrice spécialisée référente d’Arthur dans le cadre du dispositif IME « Hors des murs (HDM) » Vexin, géré par l’association Aped Espoir. Elle est venue observer un temps de classe et échanger avec l’enseignante et l’AESH du petit garçon autiste.
Pallier le manque d’offre
Noémie Lodes Lutinier, ici avec Arthur dans sa classe. Elle est son éducatrice spécialisée référente, dans le cadre du dispositif IME « Hors des murs (HDM) » Vexin. Jeanne Frank/Divergence pour Le Media Social
L’éducatrice accompagne sept enfants du dispositif dans tous leurs lieux de vie. « Je peux intervenir en classe, proposer des aménagements ou des outils. Je me rends au moins une fois par semaine au domicile des familles pour travailler la gestion des émotions ou l’impulsivité des jeunes. J’échange quasiment quotidiennement avec les paramédicaux libéraux qui travaillent dans le dispositif. Je peux aussi faire des sensibilisations dans les clubs sportifs, les centres de loisirs, auprès des animateurs pour expliquer le handicap en général et présenter le dispositif », détaille-t-elle.
L’IME HDM Vexin est né d’un besoin. « Ce dispositif a été lancé pour pallier le manque d’offre médico-sociale dans ce territoire rural, lequel connaît des besoins grandissants en termes de prise en charge des troubles du neurodéveloppement (TND) », retrace Anne Cormier, sa coordinatrice.
Construire un parcours
Il est aussi le fruit d’une rencontre avec la communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) du Vexin francilien, qui réunit des médecins et des soignants ayant choisi de travailler ensemble pour répondre à des besoins de santé identifiés sur leur territoire. Après une première action conjointe de formation grand public au handicap, ils répondent ensemble à un appel à manifestation d’intérêt (AMI) de l’ARS Île-de-France en 2023, en proposant un partenariat rare sinon inédit : celui du médico-social et du secteur paramédical libéral.
Philippe Boisnault est médecin généraliste et président de la CPTS du Vexin francilien. Jeanne Frank/Divergence pour Le Media Social
Anatole Aubin est enseignant spécialisé à l’IME du Bois d’en Haut. Jeanne Frank/Divergence pour Le Media Social
« L’idée est de construire ensemble un parcours pour les enfants en fonction de leurs besoins et de coordonner les actions entre les différents professionnels », décrit Philippe Boisnault, médecin généraliste et président de la CPTS du Vexin francilien. De sorte que tous les professionnels s’apportent mutuellement et enrichissent l’accompagnement.
« Nous avons une approche psychoéducative, eux un regard paramédical. De plus, ils font partie du droit commun, ils ne sont pas « formatés » par le secteur médico-social, qui se caractérise par la suradaptation et le suraménagement, complète Benjamin Bensoussan, directeur de l’IME du Bois d’en Haut, à Ennery (95), porteur du dispositif HDM. Ça nous permet d’être plus proches de l’inclusion ».
Une légitimité particulière
Dans la classe d’Arthur, cette coordination se matérialise chaque jour. Stratégies éducatives personnalisées, outils, adaptations… Tout est sur mesure et partagé. Anatole Aubin est enseignant spécialisé à l’IME du Bois d’en Haut. Il suit l’ensemble des 14 enfants accompagnés hors des murs. Deux jours par semaine, il intervient dans le cadre de ce dispositif, le reste du temps il enseigne dans l’IME « en dur » à Ennery, près de Cergy. Sa double casquette lui donne une légitimité particulière pour faire dialoguer ces deux mondes si différents que sont le médico-social et l’Éducation nationale.
« Notre priorité concerne l’acquisition de la posture d’élève (autonomie, interactions sociales…), non l’acquisition des savoirs, explique Anatole Aubin. Avec les enseignants, on échange sur nos observations. Je fais des propositions mais sans empiéter sur leurs platebandes ».
L’inclusion partout
Dans la classe d’Arthur, ici avec son AESH Céline Derrien, la coordination entre médico-social et Éducation Nationale se matérialise chaque jour. Stratégies éducatives personnalisées, outils, adaptations… Tout est sur mesure et partagé. Jeanne Frank/Divergence pour Le Media Social
L’école n’est qu’une facette du quotidien. L’inclusion se joue aussi au judo, au centre de loisirs, au parc, chez les commerçants. Si un enfant veut intégrer un club sportif par exemple, l’éducatrice l’accompagne la première fois, explique le dispositif aux animateurs sportifs et peut être amenée à proposer des aménagements. L’IME propose même des formations gratuites au handicap, ouvertes à tous : élus, pompiers, commerçants, profs de yoga, voisins…
Après sa matinée d’école, Aude Hermann Gauvrit, la maman d’Arthur, vient chercher son fils pour l’accompagner à sa séance hebdomadaire d’orthophonie. Le garçon, encore débordant d’énergie, se calme vite dans le hamac où l’installe Marie Traineau, orthophoniste qui le suit depuis ses 18 mois.
L’enfant s’apaise. Il est prêt à faire les exercices de sa séance. Au programme : lecture et compréhension à partir de cartes illustrées. À la fin, la professionnelle transmet les exercices à Noémie Lodes Lutinier, qui pourra les reprendre avec Arthur à son domicile.
« L’équipe fait bloc »
L’orthophoniste Marie Traineau salue le « cercle de soins » autour de l’enfant, permis par le dispositif d’IME hors des murs. Jeanne Frank/Divergence pour Le Media Social
« L’accompagnement est continu et se poursuit en dehors du cabinet, pointe Marie Traineau. Par ailleurs, l’intervention à domicile par l’éducatrice qui nous transmet ces informations nous permet d’avoir un autre regard sur l’enfant. Toute l’équipe constitue une sorte de cercle de soins autour de l’enfant. Tout cela n’existait pas quand les libéraux travaillaient seuls chacun dans leur coin ».
Depuis un an, elle constate des progrès dans le comportement d’Arthur : « Avant il était dans l’opposition. Il ne voulait pas faire les choses qu’on lui proposait. Maintenant, c’est différent. Il voit autour de lui des personnes qui travaillent ensemble, dans un cadre commun ». En effet, l’équipe partage des outils, échange des informations quasiment quotidiennement et définit ensemble les objectifs personnalisés pour chaque enfant. L’éducatrice acquiesce : « Les enfants voient que nous allons dans le même sens. C’est cohérent. On fait bloc ».
Des progrès significatifs
C’est l’heure du déjeuner dans la famille d’Arthur. Avant que lui et ses deux frères dégustent leur galette jambon fromage, Noémie Lodes Lutinier fait découvrir à Arthur un légume qu’il n’a encore jamais goûté : du concombre.
Une petite victoire pour un enfant rigide sur l’alimentation. « Pendant plus d’un an, il mangeait la même chose à tous les repas : pain au lait nappé de Nutella au petit-déjeuner et au goûter et des pâtes au ketchup midi et soir », explique sa maman. Aujourd’hui, son alimentation est plus diversifiée. Il mange même parfois à la cantine, en apportant son déjeuner.
Noémie Lodes Lutinier, éducatrice référente, fait tester le concombre à Arthur, pendant le déjeuner à la maison, avec sa mère et son frère. Jeanne Frank/Divergence pour Le Media Social
Autre progrès : ses parents observent que leur enfant pique moins de colères à la maison. « Depuis la mise en place de stratégies par Noémie, ça marche mieux, note Aude Hermann Gauvrit. Aujourd’hui, Noémie est quasiment un membre de la famille. Dès que nous avons une question ou besoin d’un conseil, elle est là. Elle est notre lien du quotidien ».
Du pouvoir d’agir aux familles
Et c’est toute la vie de famille qui s’en trouve améliorée. « Avant, je me demandais en pleurant ce qu’il allait devenir. Petit, il agissait comme s’il était un dinosaure, il rugissait. Cette prise en charge l’aide à avoir un comportement adapté. Aujourd’hui, il est délégué de sa classe. Il a des copains, il adore sa maîtresse, son AESH. On est super fiers », s’émeut la maman.
Les sorties familiales, autrefois sources d’angoisse ou de remarques désobligeantes, sont redevenues possibles : au zoo, à l’aquarium, au parc de jeux indoor… « Un tel dispositif hors des murs donne du pouvoir d’agir aux familles », commente Benjamin Bensoussan. Soutenues, ces dernières peuvent participer à l’accompagnement de leur enfant et demeurer actrices.
Complémentarité des dispositifs
Anne Cormier, coordinatrice de l’IME Hors des murs, et Christelle Cabre, médecin généraliste et membre de la CPTS. Jeanne Frank/Divergence pour Le Media Social
S’il est bénéfique pour certains enfants, un tel dispositif n’est pour autant pas adapté à tous. Ceux dont les difficultés sont trop importantes auront besoin du cadre et de l’accompagnement global d’un IME classique. Anne Cormier évoque une autre limite, celle de l’avenir. « Jusqu’où peut-on aller dans l’inclusion scolaire, pour les amener où ? », interroge-t-elle. Dans tous les cas, Christelle Cabre, médecin généraliste et membre de la CPTS, souligne la complémentarité des dispositifs hors des murs et classique de cet IME. « Cela permet des parcours avec le même plateau technique… et de créer une passerelle entre ces deux dispositifs ».
Arthur ne se pose pas toutes ces questions. En revanche, comme il le dit lui-même : « Je suis autiste, ça veut dire que je suis différent mais c’est pas grave. Je me sens bien dans mon corps ». C’est d’ailleurs ce qu’il a affirmé à ses camarades de classe quand leur ont été présentés le dispositif et la raison de la présence régulière de différents professionnels. Un pas de plus vers l’inclusion.
CONTACT : Anne Cormier, coordonnatrice du dispositif / e-mail : a.cormier@aped-espoir.fr
En bref
- Lancement du dispositif HDM : automne 2024.
- Équipe HDM : 2 éducatrices spécialisées, une coordinatrice, un enseignant spécialisé, une psychologue et les soignants du réseau de professionnels paramédicaux libéraux de la CPTS du Vexin francilien (kinésithérapeutes, ergothérapeutes, orthophonistes, psychomotriciens).
- Effectif : 14 enfants accompagnés : 1 non scolarisé (majeur), 13 en inclusion dans des écoles différentes.
- La CPTS du Vexin francilien travaille sur 64 communes du territoire (95).
Alexandra LUTHEREAU



