Le combat de l'ADMR pour l'accompagnement des familes

L’ADMR veut redonner ses lettres de noblesse au soutien à la parentalité

Article paru dans Le Média social le 25 mars 2026

La grande fédération de l’aide à domicile n’oublie pas ses origines dans l’appui aux familles. À l’heure où les activités de soutien à la parentalité sont fragilisées, l’ADMR a organisé une journée nationale sur cet enjeu. L’occasion d’en mesurer les apports, mais aussi les injonctions contradictoires.

Dans les travées de cette journée, qui a réuni une petite centaine de participants, un responsable de l’ADMR confiait que près de la moitié des fédérations départementales s’interrogent sur l’avenir économique de ce soutien aux familles. Non pas que son utilité soit remise en cause, mais les pratiques de certains financeurs (conseils départementaux et CAF), avec parfois des heures à 30 euros, ne permettent plus d’assurer l’équilibre économique.

Accompagner toutes les familles

L’ADMR ne se résout pas à réduire ce pan d’activité historique. Comme l’a rappelé, ce 25 mars, sa présidente Marie-Josée Daguin, « 1 300 de nos 2700 de nos structures locales interviennent sur le champ de l’enfance et de la parentalité. Soutenir un parent, c’est l’aider à retrouver la confiance, mais jamais faire à sa place. »

La Haute-commissaire à l’Enfance a enfoncé le clou. « Il ne peut y avoir de cohésion sociale sans la possibilité d’accompagner toutes les familles dans leur diversité. » Revenant sur le service public de la petite enfance, Sarah El Haïry a regretté que la question de la petite enfance ait été peu présente lors des élections municipales. Et d’ajouter : « Dans votre secteur, il n’y a pas de problème de sens au travail, mais d’attractivité ».

Se détacher de la posture de sachant

Au sein du réseau ADMR, le soutien à la parentalité prend diverses formes. La plus connue consiste à faire accompagner une famille par des techniciens de l’intervention sociale et familiale (TISF). La mission n’est pas toujours simple.

« On entre dans l’intimité des gens qui peuvent avoir le sentiment d’être jugés », souligne Céline Jeanneau, TISF dans les Hautes-Pyrénées. « Pour travailler avec les familles, il faut se détacher de notre posture de sachant. »

Souvent mandatés par la justice, les TISF interviennent auprès de familles qui n’ont pas toujours choisi cet accompagnement. Céline Jeanneau insiste sur la nécessité de ne pas juger et de prendre du recul pour mieux comprendre des situations familiales compliquées et évolutives.

« Nous travaillons au moins à deux TISF dans une famille. Cela permet de passer le relais quand on se sent mal à l’aise. C’est important de rester dans la bienveillance. »

Libérer de la parole

Autre dispositif, plus marginal : les lieux d’accueil enfants-parents (LAEP). L’ADMR en compte une dizaine sur le territoire. Dans le Calvados, Virginie Guérin coordonne un LAEP itinérant : « Nous sommes présents dans trois lieux différents. Les parents viennent de façon volontaire et totalement anonyme pour vivre un moment de jeu avec leur enfant », explique-t-elle.

« Nous ne savons rien des familles quand elles arrivent. Les relations se nouent au fil du temps. Sans prescription, la parole se libère plus facilement. »

Vers une coéducation

Le sociologue Gérard Neyrand, auteur notamment de Soutenir et contrôler les parents, a souligné les injonctions contradictoires, voire les ambiguïtés de cette mission.

« Les réseaux d’écoute, d’appui et d’accompagnement des parents (Reaap) sont nés en 1999. Leur charte précise qu’il faut ‘soutenir la posture éducative des parents’. Le risque existe de survaloriser l’intervention des parents. Il vaudrait mieux être dans un objectif de coéducation qui n’implique pas seulement les parents. »

Il relie cette demande à une « révolution anthropologique » à l’œuvre depuis les années 70. « Les relations entre sexes et entre générations ont profondément changé et impacté la conception de la famille. On considère que les individus ont tout moyen pour trouver des solutions, notamment en matière d’éducation. On sait pourtant que la réalité psychique est plus complexe. »

Être trop normatif

Le sociologue relève également des contradictions entre les différents acteurs. « Au début de ces Reaap, les CAF entendaient assurer un contrôle des familles défaillantes. Dans les années 2010, elles vont évoluer vers un accompagnement de la parentalité. »

Gérard Neyrand constate que tous ces dispositifs bénéficient davantage aux classes moyennes, qui connaissent ces lieux, qu’aux milieux populaires.

Enfin, il y a un autre risque qui revient souvent dans l’action sociale : « Les projets de soutien à la parentalité sont partis des associations qui ont constaté des besoins. L’objectif a été repris par les pouvoirs publics. On voit aujourd’hui le risque d’être trop normatif, ce qui risque de remettre en question la créativité des associations », conclut-il.

Noël BOUTTIER

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