Article publié dans Le Média Social le 28 novembre 2024
« Le placement éducatif à domicile (PEAD) s’est construit à partir des travailleurs sociaux qui ont inventé des réponses. J’ai été directrice de Mecs et j’ai vu des enfants s’effondrer au moment du placement parce qu’ils étaient coupés de leur famille. Quant à l’aide éducative en milieu ouvert (AEMO), même renforcée, elle ne peut pas répondre à certaines situations », observe Martine Gibert.
Troisième voie
La directrice du service placement éducatif à domicile (PEAD) Dominique Savio, porté par l’association Don Bosco en Gironde et en Haute-Vienne, regrette, comme nombre d’acteurs du secteur, la disqualification, par un arrêt de la Cour de cassation du 2 octobre dernier, de cette mesure alternative, sorte de troisième voie entre le placement et l’aide éducative en milieu ouvert.
Un outil très protecteur
Dans cette association comme partout où étaient déployées ces mesures, il va falloir désormais envisager un scénario de remplacement. « On accompagnera différemment, avec d’autres règles. Mais cet outil avait le plus haut niveau de protection et de sécurisation possibles, pour un tarif peu élevé, de 62 euros par jour », regrette Grégory Durand, directeur de la maison d’enfants à caractère social (Mecs) La Providence, gérée par la Société protestante des amis des pauvres (Spap) dans le Gard.
Une mesure plus intensive
L’option la plus probable, du recours à des mesures d’AEMO renforcées en remplacement, ne satisfait vraiment personne. Pourquoi ? Le PEAD, tout en permettant à l’enfant de vivre chez ses parents, demeure avant tout une mesure judiciaire de placement, donnant de fait aux professionnels plus de leviers d’intervention auprès de l’enfant et des parents.
L’intensivité de l’accompagnement y est par ailleurs supérieure : avec au minimum trois interventions par semaine, plus si besoin, contre parfois une visite toutes les 3 semaines en milieu ouvert. Et sur une amplitude horaire plus large, couvrant possiblement tous les temps forts du quotidien.
Une modalité attractive
En PEAD, en outre, chaque éducateur est référent d’une demi-douzaine de situations, contre parfois trente en AEMO. Un atout pour la qualité de l’accompagnement, mais aussi pour l’attractivité des postes, dans un contexte de pénurie de professionnels. « Les éducateurs y trouvent du sens parce qu’il y a des réussites, et aussi parce qu’ils sont fatigués par l’internat », observe ainsi Nicolas Gaddoni, directeur général de l’association Ades Europe (Haute-Garonne).
Aujourd’hui l’inquiétude est donc vive, mais face à la contrainte d’une transformation, les idées ne manquent pas…
Marion LEOTOING



