Article paru dans les ASH le 27 novembre 2025
Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a annoncé mercredi vouloir transformer ces dispositifs – dans un premier temps ceux gérés par la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) – en « unités judiciaires à priorité éducative ». Une décision accueillie, pour des raisons différentes, avec beaucoup de réserves, du côté de la Cnape comme du syndicat majoritaire, le SNPES-PJJ/FSU.
Il veut « tourner la page », estimant que « le modèle des centres éducatifs fermés (CEF) s’est épuisé et n’a pas tenu ses promesses ». S’exprimant en ouverture des Rencontres de la justice des mineurs, le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a annoncé qu’il mettrait progressivement un terme à ces dispositifs.
« Ils ont brouillé la frontière entre détention et éducation », a-t-il expliqué devant un parterre de magistrats, d’agents de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) et de partenaires impliqués sur le sujet. Ils ne sont, selon lui, « ni fermés » – le taux de fugue avoisine celui des foyers classiques –, « ni éducatifs ». Surtout, ils sont très coûteux, en moyenne 25 % de plus que les foyers classiques.
Créés en 2002 par la loi Perben, les CEF ont été pensés comme une alternative à l’incarcération des mineurs. La dernière marche, en quelque sorte, avant la détention. A ce jour, il existe 19 établissements publics et 39, soit près des deux tiers, régis par un organisme habilité.
Le ministre entend prononcer un moratoire sur les huit nouveaux CEF prévus par la loi. Et requalifier, dès janvier 2026 par voie de circulaire, les établissements publics en « unités judiciaires à priorité éducative ». Ces nouveaux foyers seront centrés « sur la scolarité obligatoire, la santé mentale et la prise en charge des addictions ». Les 95 personnes qui travaillaient dans ces centres seront redéployées dans les foyers. Les établissements gérés par le secteur associatif fermeront, eux, dans un second temps, à l’issue de discussions avec la direction de la PJJ.
Une circulaire prévoyant l’interdiction des téléphones portables en foyer devrait par ailleurs être diffusée aux procureurs et au personnel de la PJJ. Gérald Darmanin entend également inviter les procureurs à renforcer le contrôle judiciaire des mineurs délinquants.
Depuis la création des CEF, de nombreux rapports ont pointé leur inefficacité. Dernier en date : celui, en mars 2025, de l’Inspection générale de la justice (IGJ). La mission évoquait « des activités de jour trop souvent occupationnelles », des « heures d’enseignement scolaire insuffisantes » et une « prise en charge de la santé trop inégale ». Pour des raisons avant tout financières, seuls quatre des 22 centres éducatifs fermés dits de « nouvelle génération », et qui avaient été inscrits dans la loi de programmation pour la justice en 2019, avaient vu le jour.
Le SNPES-PJJ/FSU, syndicat majoritaire des personnels de la PJJ, réclame depuis leur création la suppression des CEF. Il y voit « une reconnaissance de son travail acharné » et de ses « mobilisations collectives ». Mais reste vigilant sur les alternatives qui seront mises en place. « Les foyers éducatifs de la PJJ ne devront pas être dévoyés davantage de leur fonction première qui est la protection des enfants et des adolescents qui leur sont confiés, explique-t-il dans un communiqué. S’il s’agit de permettre des placements dans le cadre de l’ARSE [assignation à résidence sous surveillance électronique], ce sera une ligne rouge pour nous. »
Audience le 12 décembre
Le syndicat s’oppose également à la multiplication des placements sous contrôle judiciaire. « Cela signifiera simplement que la privation de liberté sera une épée de Damoclès constante durant le placement de ces enfants et adolescents. »
Le SNPES-PJJ/FSU demande la mise en place d’un comité de suivi afin, explique Marc Hernandez, cosecrétaire national, qu’il soit entendu sur l’accompagnement des personnels concernés par la fermeture des CEF et « sur la dimension éducative de ces nouveaux dispositifs ». Les organisations syndicales devraient être reçues le 12 décembre par la direction de la PJJ.
La Cnape, consternée
La Convention nationale des associations de protection de l’enfance (Cnape), pour sa part, a exprimé sa « consternation » face à une « annonce brutale », prise sans concertation avec le secteur associatif habilité. La fédération s’étonne d’un « revirement de doctrine » alors que « le dispositif des CEF a été soutenu par l’ensemble des gouvernements depuis 2017 ». Elle s’interroge sur le devenir des CEF gérés par ses associations membres : « Vont-ils devenir les reliques d’un modèle qui a perdu la confiance du ministre de la Justice ? »
A l’inverse du SNPES-PJJ/FSU, la Cnape défend la pertinence d’un « modèle particulièrement adaptable », qui « a su évoluer avec les besoins des jeunes et les attentes de la PJJ ». Comptant le « défendre sans relâche », elle sollicite « des éclaircissements et un étayage rapide » des annonces.
David PROCHASSON



