Mine de renseignements sur la prévention spécialisée en France

Prévention spécialisée : une cartographie pour réaffirmer la place du secteur

Article paru dans les ASH le 7 juillet 2026

La Convention nationale des associations de protection de l’enfance (Cnape) lance « La Carto de la prév’ », un site Internet fourmillant de données sur les acteurs du secteur. Il doit permettre, notamment auprès des décideurs, de mieux connaître cette modalité d’intervention de la protection de l’enfance.

La précédente cartographie datait de 2016. Dix ans déjà, pendant lesquels la prévention spécialisée n’a cessé d’être fragilisée. Désengagement des acteurs financiers, transfert de compétences des départements vers les métropoles, perte d’identité, manque d’identification des pouvoirs publics… C’est dans ce contexte que la Cnape, en lien avec l’Association nationale de prévention spécialisée (APSN) et le Comité national de liaison des acteurs de la prévention spécialisée (CNLAPS), a créé un site Internet, véritable mine d’informations pour comprendre les mutations du secteur, mieux le connaître et, par conséquent, mieux le défendre.

La méthode

Financés par la Direction générale de la cohésion sociale (DGSC), les travaux ont démarré en novembre 2025 pour s’achever à l’été 2026. Des données qualitatives (17 entretiens) et quantitatives ont été recueillies. Près de 80 % des structures (185 sur 234) ont répondu à un questionnaire sur les professionnels, le public accompagné, les actions menées ou encore les financements. Il complétait les données institutionnelles et fédératives existantes.

Le contenu

Le site comprend d’abord une cartographie. Elle recense 234 structures, avec une fiche détaillée pour chacune d’entre elles. Interactive, la carte permet de repérer les territoires d’intervention selon des indicateurs publics (quartiers prioritaires de la ville, zones France revitalisation rurale renforcées, collèges d’éducation prioritaire). Les jeux de données sont accessibles librement (hormis les chiffres financiers et de ressources humaines des structures). Un annuaire les présente par départements.

Par ailleurs, le site rappelle dans le détail ce qu’est la prévention spécialisée, ses cinq principes fondateurs définis par l’arrêté du 4 juillet 1972 et ses circulaires d’application. Il livre un état des lieux complet des mutations en cours.

Enfin, il propose un corpus documentaire recensant les écrits fondateurs (Fernand Deligny, Paolo Freire), les ouvrages de référence (Gilbert Berlioz, Véronique Le Goaziou, Manuel Boucher, etc.) ou encore les travaux des fédérations de ces quinze dernières années.

Le public

Le site s’adresse aux professionnels et aux pouvoirs publics, départementaux et national – la DGSC finance le projet pour éclairer le pilotage de l’action publique et la réinscrire en protection de l’enfance. Mais aussi à toute famille qui désire se faire accompagner sur son territoire : chaque structure recensée dispose d’une fiche contact.

Les principaux enseignements

Selon une projection (une cinquantaine de structures n’ont pas répondu au questionnaire), la prévention spécialisée a accompagné – de façon individuelle ou collective – plus de 126 000 jeunes en 2025. Présente dans 89 départements, elle intervient sur une diversité de territoires. « Contrairement à ce qu’on peut penser, elle n’est pas représentée qu’en périphérie des agglomérations, mais aussi dans des espaces périurbains, voire ruraux, explique Gabriel Lacalmette, chargé du projet à la Cnape. Les professionnels s’adaptent en proposant des modalités d’aller-vers différentes, à travers le numérique, ou en se substituant à certains partenaires, moins présents en milieu rural. »

Le secteur compte 234 structures, soit une baisse de 8 % par rapport à 2016. « Un mouvement de fusion des structures est à l’œuvre, suivi d’une baisse des effectifs de 2 % (3 700 ETP éducatifs) et un phénomène d’élargissement des territoires d’intervention à moyens constants », détaille Gabriel Lacalmette. Près de 9 % des postes ne sont pas pourvus, conséquence du déficit d’attractivité du secteur social mais aussi de la méconnaissance dont souffre en particulier la prévention spécialisée.

Côté financements, 86 % des structures déclarent être soutenues majoritairement par les départements. Mais la plupart diversifient leurs ressources : 56 % d’entre elles bénéficient de financements issus de la politique de la ville, 29 % de dispositifs liés à la prévention de la délinquance, de la tranquillité publique ou de la radicalisation, et 26 % de politiques jeunesse.

Autre enseignement : le recul du modèle associatif. « S’il demeure majoritaire – près de 90 % des structures recensées –, la part des régies a augmenté, passant de 3 à 9 % des structures répondantes, souligne la Cnape. Cette évolution peut s’expliquer par un mouvement de reprise en régie des structures associatives en difficulté mais aussi par une volonté accrue des collectivités de maîtriser directement l’activité. »

David PROCHASSON 

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