Article paru dans Le Média Social le 4 juin 2026
Lors d’une journée organisée le 2 juin à Paris, les techniciennes de l’intervention sociale et familiale (TISF) étaient à l’honneur. Mais alors que leur rôle en matière de prévention est plébiscité, les services d’aide et d’accompagnement à domicile (Saad) aux familles restent confrontés à des défis de visibilité et de financement.
Quelle est la place des services d’aide et d’accompagnement à domicile (Saad) aux familles dans le soutien à la parentalité ? Quel rôle jouent les techniciennes de l’intervention sociale et familiale (TISF) dans le système de protection de l’enfance ?
C’est autour de ces questions que se sont tenus les échanges de la journée organisée par la Fédération de l’aide à domicile – Fnaafp/CSF – le 2 juin à Paris.
Rôle de prévention
Alors que le projet de loi sur la protection des enfants entend limiter les placements à l’aide sociale à l’enfance, les interventions (professionnels de terrain et représentants des institutions) ont mis en avant le rôle préventif des Saad familles.
Rappelons que ces services peuvent intervenir en prévention, via un financement par les caisses d’allocations familiales (CAF), ou dans le cadre d’une décision administrative ou judiciaire de protection de l’enfance.
Dans les deux cas, les missions des TISF dans la mise en place de ces interventions ont été largement mises en avant.
« Ressentir l’indicible »
« Elles ont un rôle majeur pour faire en sorte que les enfants restent avec leurs parents », a ainsi déclaré l’ancien président du tribunal pour enfants de Bobigny, Jean-Pierre Rosenczveig. Lorsqu’elle entre dans un foyer, « une TISF sait percevoir, en quelques secondes, l’atmosphère qui y règne et ressentir l’indicible ».
En étant « dans la vie réelle de la famille », elle peut ainsi « rapidement vérifier les diagnostics du juge et savoir si les réponses apportées à une famille [en assistance éducative] sont à la hauteur du problème ».
Relation de confiance
« Nous avons la chance d’être à domicile, de voir l’entièreté de la vie de la famille, d’être là où ça se passe : on perçoit des choses que personne d’autre ne peut voir », complète François Testa, directeur de territoires à l’Association spécialisée dans l’intervention à domicile (AMFD) Île-de-France. Il évoque ainsi « la relation de confiance » que tisse la TISF avec la famille qu’elle accompagne.
« C’est souvent à partir des tâches ménagères qu’on arrive à entrer dans la maison et à développer une relation de confiance », témoigne aussi Sophie Ernouf, TISF à l’Association d’aide familiale populaire (AAFP) de la Manche.
Ensuite, les bénéfices sont rapidement visibles, notamment « après une naissance, lorsqu’on prend en charge une partie de la fratrie, et que la mère peut souffler ». Autre exemple : « lorsqu’on arrive à réunir autour de la table toute la famille pour faire un jeu de société, on voit tout de suite du bienfait ».
Casser « l’asymétrie »
Parmi les autres points forts de l’intervention à domicile, Renaud Hard, chef de projet à la direction de la qualité de l’accompagnement social et médico-social à la Haute autorité de santé (HAS), insiste sur le fait qu’elle « casse l’asymétrie » qui existe entre l’institution et la famille, ce qui permet de « créer les conditions d’une collaboration avec les parents ».
Il rappelle que les Saad familles peuvent être mandatés pour réaliser les visites en présence d’un tiers (VPT) décidées par le juge.
La TISF a aussi un rôle charnière dans l’accompagnement d’une famille. « Lorsqu’il y a de nombreux intervenants autour d’une famille [assistants sociaux, référents ASE, tuteurs…], la TISF permet de donner du sens à toutes ces interventions que la famille ne comprend pas forcément », ajoute François Testa. C’est d’ailleurs pour cette raison que, selon lui, elle doit avoir sa place dans les réunions de synthèse.
Visibilité
Reste que malgré tous ces points positifs, les Saad familles sont parfois encore méconnus. « La légitimité des Saad familles doit être rendue plus visible car, plus on repère tôt, mieux on accompagne les familles et on évite les placements », avance ainsi Carole Billon, directrice adjointe à la Caf du Val-d’Oise.
L’enjeu est alors de « travailler en réseau pour aider les institutionnels à apprendre à solliciter ces Saad », poursuit-elle.
Évaluer l’impact
Comme l’ensemble du secteur, les Saad familles sont confrontées à la pénurie de professionnels et aux difficultés de financement.
Sur ce sujet, Pierre Stecker, directeur de projet « développement des politiques de soutien à la parentalité et des 1 000 premiers jours » à la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS), indique que si des réflexions sont en cours, le moment n’est pas à la refonte du modèle économique des Saad familles. En cause notamment le contexte économique du pays mais aussi la proximité de la fin de la convention d’objectifs et de gestion (COG) entre l’État et la Cnaf (2027).
Pour lui, dans l’immédiat, il est nécessaire d’« évaluer l’impact » des Saad familles afin de prouver leur utilité et de « rendre le discours sur la prévention plus robuste ».
Noémie COLOMB



