Là où tu vas, BD pour accompagner des personnes atteintes de troubles cognitives

Une BD nous plonge dans l’accompagnement des malades Alzheimer

Article paru dans Le Média Social le 17 décembre 2025

L’auteur de BD Étienne Davodeau donne à voir le métier de sa femme qui accompagne des personnes souffrant de pathologies neuro-dégénératives. Le récit qu’il propose alterne ces histoires singulières et une réflexion concrète sur la façon d’accompagner des personnes avec qui la relation est complexe.

Dans la bande dessinée Là où tu vas, la formatrice intervient dans un Ehpad pendant trois jours pour « explorer ce qui est possible et souhaitable de mettre en place pour accompagner au quotidien ces personnes [atteintes de la maladie d’Alzheimer]. » Elle s’inspire de la méthode Montessori dont le principe est « aide moi à faire seul ».

Ce jour-là, les soignantes expriment leur fatigue devant les oublis permanents de résidents. Alors la formatrice rappelle que la directrice est venue leur parler de la tenue du carnaval. Les femmes s’étonnent puis s’énervent : « Mais non, elle n’est pas passée. » Cela dure un petit moment avant que les stagiaires comprennent le pot aux roses.

Cette mise en scène permet à chacun de se mettre dans la peau d’une personne atteinte d’Alzheimer qui ne comprend pas ce qui lui arrive et qui manifeste de l’incompréhension. « C’est exactement ce qu’une personne atteinte de troubles cognitifs ressent quand on essaie de lui rappeler un événement récent : J’étais pas là », explique la formatrice.

Une méthode venue du Québec

Françoise Roy est le personnage central de cette BD. Cette infirmière est passée par l’hôpital où elle a accompagné des malades du cancer et la coordination d’une équipe spécialisée Alzheimer avant de jeter l’éponge : « On nous demande d’augmenter sans cesse notre rythme de travail. Je refuse d’entrer dans cette course à la productivité », explique-t-elle. Suite à un burn-out, elle prend un avion pour traverser l’Atlantique afin de faire un stage dans la maison Carpe Diem au Québec.

C’est là, à 50 ans, qu’elle va apprendre la méthode Carpe Diem qui centre tout son fonctionnement autour des besoins des personnes accompagnées, là où tant de structures demandent aux malades de s’adapter. La porte vers l’extérieur y est toujours ouverte, même si on essaie d’accompagner les résidents ; les tâches courantes (courses, repas, ménage, etc.) sont partagées entre tout le monde ; chacun fait selon son rythme et ses besoins. « Ce qui peut sembler paradoxal, explique sa fondatrice, Nicole Poirier, c’est qu’en respectant le rythme de chacun, on gagne du temps. »

D’autres modes de communication

Revenue en France, Françoise Roy est devenue accompagnatrice auprès de personnes atteintes d’Alzheimer ou de maladies apparentées. Pendant plusieurs mois, elle intervient régulièrement pendant trois ou quatre heures dans des couples où l’un des deux est touché, souvent privé de l’usage de la parole. La communication est dès lors difficile, l’épuisement de l’aidant se conjugue avec le mal-être grandissant du malade.

L’une des missions de Françoise est de comprendre le « fonctionnement » de ce dernier et de trouver le chemin, sans jamais brusquer la personne, pour que des modes de communication soient possibles. Elle observe pendant des semaines la personne avant de tenter une action pour, par exemple, qu’elle accepte d’être nettoyée au gant. Dans l’album, Françoise constate qu’une vieille dame devenue muette apprécie qu’on lui lise de la poésie, ce qu’elle fait. Elle aime aussi les goûters et, pour lui faciliter la tâche, Françoise met des étiquettes sur les aliments. La vieille dame peut ainsi choisir ce qu’elle mange.

Ralentir la maladie

Il se trouve que Françoise Roy est la compagne du bédéiste Étienne Davodeau qui excelle à raconter des histoires, souvent en lien étroit avec sa famille (comme Les Mauvaises gens ou Les ignorants). L’auteur a finalement convaincu sa femme de lui raconter son travail, ses rencontres, ses réussites et ses échecs. Sans souci de ressemblance avec les personnes accompagnées (qu’à une exception près, il n’a pas rencontré), Étienne Davodeau raconte la genèse de l’album et relate quelques accompagnements chez « Madame Marchand »« Monsieur Saunier » ou « Cédric », âgé de… 59 ans.

Le récit ne cherche pas à enjoliver la réalité, ne cache rien des souffrances de la personne ni de l’aidant, mais il montre que les personnes doivent être accompagnées, pas simplement par souci d’humanité, mais parce qu’il est possible de ralentir la progression de la maladie.

Une question de société

Une belle lecture qui convient aussi bien aux professionnels, qui y trouveront des astuces pour mieux accompagner, qu’au grand public désireux de comprendre les ressorts de ces maladies qui font si peur. Une communication reste souvent possible, à condition de trouver le bon langage. Cet album, qui ne manque pas d’humour, y contribue grandement.

Dans la postface, Françoise Roy confie : « Si j’ai dit oui [au livre], c’est pour mettre en lumière l’importance d’un accompagnement adapté pour les personnes et les familles concernées par ces maladies. C’est une vraie question de société, nécessaire et urgente. »

Étienne Davodeau, Là où tu vas, Futuropolis, 160 pages, 24 euros.

Noël BOUTTIER

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