F. Bizard mène la coalition 2027 pour le grand âge

Grand âge : la Coalition 2027 veut peser sur la présidentielle

Article paru dans Le Média Social le 9 septembre 2026

Emmenée par l’économiste Frédéric Bizard, la Coalition 2027 entend proposer un système repensé donnant la priorité à la prévention, à l’accompagnement dans la durée et au domicile. Ce projet aura-t-il l’oreille des candidats à la présidentielle ?

« Le système de prise en charge de la dépendance doit être structurellement repensé pour affronter le mur démographique de 2030 et les 700 000 personnes dépendantes supplémentaires en 2050. » En ouvrant la conférence de presse du 9 septembre présentant l’initiative Coalition 2027, l’économiste Frédéric Bizard explique l’importance de se saisir de l’échéance présidentielle pour repenser une offre qui dysfonctionne lourdement.

Six conférences de consensus

Cette initiative est le fruit d’un long processus. Maintenant bien connu dans le Landerneau médico-social, Frédéric Bizard avait proposé dans un rapport paru voici un an une refondation du système de prise en charge des vulnérabilités en misant sur la prévention et en rééquilibrant les financements en faveur du domicile.

À la suite de ce rapport très commenté, l’économiste s’est rapproché de différentes structures et personnalités du secteur avec lesquelles six conférences de consensus ont été organisées au premier semestre pour se mettre d’accord sur ces orientations.

La Fédésap, organisation d’employeurs associatifs et commerciaux du secteur des services à la personne, est très engagée dans ce processus, mais la Fnapaef (personnes âgées et proches), le Syndicat des particuliers employeurs participent également à la démarche. Des personnalités comme le gériatre Claude Jeandel et le président du conseil départemental de la Mayenne, Olivier Richefou, s’y sont associés à titre personnel.

Illisible, injuste, inefficace

Mille-feuille territorial, inégalités de traitement, reste à charge conséquent en Ehpad et même à domicile… le fonctionnement du système de prise en charge est jugé illisible, injuste et inefficace. Le diagnostic est résumé ainsi par l’économiste de l’Institut de la santé : « le système intervient trop tard ; la gestion du risque est fragmentée ; l’offre est déconnectée des besoins. »

Face à cela, des réformettes ne suffiront pas. Il faut renverser la table et reconstruire un système autour de quatre axes : « prévenir avant de réparer, un pilote territorial par département (le SPDA), un financeur par nature de prestation, un cadre évalué de façon indépendante. »

Repérage précoce des fragilités

La Coalition 2027 a listé dix mesures qui permettraient de changer la donne. Elle propose notamment un repérage systématique des fragilités à la retraite, opération à renouveler cinq ans et dix ans plus tard. C’est un peu la démarche Icope, mais en la généralisant à tous les nouveaux retraités.

L’optique est claire : en repérant des fragilités très tôt chez un sexagénaire, il est plus facile (et moins coûteux) de la prendre en charge que si la détection a lieu chez un septuagénaire et a fortiori chez un octogénaire.

Tarif national pour le domicile

Le nouveau système entend développer la fonction de care manager pour suivre et évaluer la prise en charge de la personne fragile. Un contrat unique de prise en charge (CPCA) définirait un plan d’aides « fondé sur les besoins et non plafonné ». Une loi de programmation pour le grand âge serait définie pour une durée de cinq ans.

Dénonçant la faiblesse stratégique de l’État (« moins de dix fonctionnaires travaillent sur cette question », croit savoir Frédéric Bizard), la Coalition 2027 entend faire de la CNSA un vrai « Parlement du médico-social » en rééquilibrant sa composition au profit des départements, des professionnels et des usagers. Afin d’affirmer une priorité au domicile, un tarif national de référence serait déterminé en prenant en compte le coût réel du service.

Effort des retraités aisés

En termes de financement, la Coalition 2027 reprend une idée également envisagée par le gouvernement : relever les cotisations des retraités les plus aisés. L’objectif est de porter la part des cotisations sociales dans le financement de la cinquième branche de 8 % actuellement à 30 % d’ici 2050.

Dans un premier temps, estime Frédéric Bizard, ces propositions auront un coût (pour l’instant non chiffré), mais elles vont rapporter à l’horizon de cinq à dix ans. Reste à savoir si les politiques actuels, obsédés par le court terme, auront la patience d’attendre cinq à dix ans pour constater les résultats de leur action.

La curieuse absence des ARS

Appelé à réagir à ce rapport, Maëlig Le Bayon, directeur général de la CNSA, a salué quelques idées fortes comme la place des care managers, le rôle plus important des personnes accompagnées ou la priorité absolue à la prévention, mais il s’est interrogé sur l’absence des ARS dans le dispositif. Sur ce point, il est probable que tous les acteurs participant à cette réflexion ne se sont pas mis d’accord, Frédéric Bizard considérant, pour sa part, qu’il faut les remplacer.

Imposer ce thème dans la présidentielle

Et maintenant ? Les membres de la Coalition 2027 entendent se rapprocher des différentes écuries présidentielles pour porter leurs propositions et les convaincre de l’importance de cette question. « Pour l’instant, reconnaît Frédéric Bizard, dans les premiers débats entre candidats, le grand âge n’a pas été du tout abordé. » Et se tournant vers les journalistes présents lors de la conférence de presse, il confie : « On a besoin de vous pour porter cette question. »

Noël BOUTTIER

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