Article paru dans les ASH le 25 juin 2025
Réunis en collectif interassociatif, l’Anmecs, le Gepso, le Cnaemo et l’Aire présentaient, mardi 24 juin, leurs engagements pour améliorer l’accompagnement des enfants concernés à la fois par une mesure de protection de l’enfance et un handicap.
« Ce qui nous habite, ce sont les droits fondamentaux de l’enfant. Comment les faire respecter, comment mettre en place des réponses adaptées et pertinentes face aux problématiques des enfants et des familles », explique Céline Mons, présidente du Cnaemo (Carrefour national de l’action éducative en milieu ouvert). Ce qui compte, quand on accompagne des enfants à la fois protégés et en situation de handicap, c’est l’évitement de la rupture de parcours. »
On le sait, l’institution, prise dans des logiques d’organisation en silo, peine à répondre aux besoins de ces enfants vulnérables, relevant à la fois des secteurs social et médico-social. « Ils ont la capacité à faire exploser les cadres qu’on leur propose. Plus ceux-ci sont fragiles, plus ils volent en éclats, détaille Roland Dysli, président de l’Aire, l’association des Ditep. Nous faisons le constat de notre incapacité à répondre seuls à l’ensemble de leurs besoins. C’est l’enjeu de notre travail : pouvoir offrir à ces jeunes un environnement stable et capacitaire, sortir des politiques en silo qui nous ont conduits à des oppositions stériles. »
Roland Dysli le rappelle : « Les ruptures de parcours ne sont pas le fait des enfants mais des institutions. » L’Anmecs (association des maisons d’enfants) et l’Aire en ont pris acte en amorçant une coopération dès 2017. Rejoints par le Gepso (établissements sociaux et médico-sociaux publics) et le Cnaemo (action éducative en milieu ouvert), ils ont tenu une première rencontre nationale le 1er juillet 2022 à Paris, avant d’organiser des étapes régionales à Nantes, Dole, Sète ou encore Bayonne.
La collaboration s’est renforcée en décembre dernier avec la signature d’une charte de coopération. « Il s’agit d’un outil de coopération mais aussi de plaidoyer, explique Annelise Garzuel, conseillère technique à l’association Aire. On se positionne ainsi vis-à-vis des pouvoirs publics, en leur disant : “Notre responsabilité, c’est de coopérer ; votre responsabilité, c’est de nous en donner les moyens”. »
Etablie à partir d’exemples des adhérents des différentes associations, la charte rappelle les principes et objectifs qui fondent les coopérations :
- la promotion d’une logique de parcours, associant parents ou responsables légaux ;
- la promotion d’objectifs communs guidés par l’intérêt supérieur de l’enfant ;
- le partage d’informations ;
- la complémentarité des différences d’approches entre les secteurs ;
- une interconnaissance réciproque des professionnels, etc.
Soulignant les postures professionnelles adaptées, elle précise les outils de la coopération :
- la réalisation de diagnostics de territoire partagés ;
- la mise en commun d’éléments statistiques et d’observations de terrain ;
- le développement d’un programme de formation commun ;
- la mise en place d’un annuaire interassociatif pour faciliter les mises en relation ;
- la promotion de bonnes pratiques, de travaux et d’actions de recherche, etc.
« Le pourquoi de cette charte est clair, souligne Céline Mons. Maintenant, il faut continuer à la faire vivre et à l’étendre en région. » Ces coopérations sont une réalité. En témoignent trois expériences présentées lors du webinaire mardi 24 juin.
1. Le Groupe éphémère sur l’interconnaissance
En 2023, six travailleurs sociaux issus de Ditep, de Mecs et de milieu ouvert ont phosphoré, lors de cinq séances de trois heures, sur l’interconnaissance. Avec pour fil rouge, cette question : « Cher collègue, que connais-tu de mon travail ? » « Cet exercice nous a permis d’identifier une connaissance partielle des interventions des autres, des représentations encore à l’œuvre, explique Frédéric Joly, administrateur de l’Anmecs et directeur de Mecs à Nantes. Autre constat : on est tous coordinateur de parcours des jeunes tout en méconnaissant l’intervention des autres. »
Frédéric Joly rapporte le propos d’un participant : « Comment les parents peuvent comprendre, si nous, professionnels, avons une méconnaissance du travail de l’autre ? » Il explique : « Il nous semble indispensable de coordonner nos actions mais aussi de créer des instances pour favoriser cette interconnaissance, mener des actions de formation en commun. » Qui souhaite renouveler ces démarches de groupe éphémère, qui n’ont pu être menées en 2024. Avis aux professionnels intéressés…
2. Enfantastics et Dklic en Gironde
L’Epnak, établissement public national qui accompagne notamment des jeunes en situation de handicap, a pensé deux dispositifs en Gironde, en réponse à des appels à projets du département. Créés en 2022, Enfantastics 33 et Dklic 33 sont des dispositifs d’hébergement et d’accompagnement avec un taux d’encadrement renforcé.
- Le premier propose 7 places pour des enfants de 3 à 11 ans particulièrement vulnérables relevant du secteur du handicap, de l’ASE, voire du sanitaire. deux d’entre eux peuvent être accueillis chez un assistant familial.
- DKlic propose 7 places pour des jeunes majeurs de 17,5 à 21 ans, particulièrement vulnérables, relevant du secteur handicap, du sanitaire et de l’ASE dans le cadre d’un contrat jeune majeur dont trois au maximum peuvent être accueillis en appartement protégé.
« Les projets d’accompagnement sont construits avec l’ensemble des partenaires dont les acteurs de la protection de l’enfance. Mais aussi avec les partenaires de la situation, qui peuvent être multiples, explique Céline Perrault, directrice adjointe de l’Epnak Sud Nouvelle-Aquitaine. On a des équipes pluridisciplinaires avec la présence d’éducateurs (ES, ME, EJE), d’assistants familiaux, d’infirmiers, de psychologues, ou encore de médecins. »
3. Equipe mobile d’appui à la protection de l’enfance
Dispositif inscrit dans la stratégie nationale de prévention et de protection de l’enfance, l’Equipe mobile d’appui à la protection de l’enfance (Emape) a vu le jour en 2020 dans l’Eure. Rattachée à quatre Ditep qui ont répondu ensemble à l’appel à projets, elle propose un soutien spécialisé pour les jeunes du territoire relevant de la protection de l’enfance et ayant une notification MDPH (maison départementale des personnes handicapées) non mise en œuvre.
L’Emape intervient auprès de Mecs, de familles d’accueil, de lieux de vie et de services à domicile (AEMO). « Si nous sommes sollicités, que l’enfant soit accompagné ou non en Ditep, nous intervenons », explique Frédéric Bailleul, directeur du pôle Normandie Ile-de-France de l’association Moissons Nouvelles.
Composé d’éducateurs, de psychologues et d’un pédopsychiatre, le dispositif permet d’apporter aux professionnels un appui clinique et éducatif. Il offre également un espace de soutien et de parole. Et là encore, la première difficulté a été la défiance des professionnels des différents secteurs, sociaux et médico-sociaux, explique Frédéric Bailleul : « “C’est quoi ces professionnels qui vont nous dire comment s’y prendre avec des jeunes ?”, pensaient certains au début. L’intervention a mis du temps à se mettre en place. Il a fallu rassurer. »
David PROCHASSON



