Sandrine Andrieu généralisation du programme ICOPE

Icope va être généralisé pour le repérage précoce des pertes d’autonomie

Article parue dans Le Média Social le 23 juillet 2025

Dans la foulée de la première Conférence nationale de l’autonomie, le programme Icope va se généraliser dans tout le pays. Il s’appuie sur une expérimentation de plusieurs années, essentiellement en Occitanie, permettant de repérer les problèmes de santé des personnes de plus de 60 ans et de mettre en place un plan d’accompagnement personnalisé.

C’est parti ! Ce 23 juillet, une réunion ministérielle a permis de définir les modalités de déploiement du programme Icope (lire encadré). Il s’agissait, avant la pause estivale, de concrétiser la principale orientation de la Conférence nationale de l’autonomie (CNA) dont la réunion inaugurale a eu lieu le 9 juillet.

Professeure en santé publique, membre de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) HealthAge de Toulouse, Sandrine Andrieu a été chargée, avec la gériatre Maria Soto Martin, d’accompagner cette stratégie nationale qui entend mieux prévenir la perte d’autonomie.

Pouvez-vous nous expliquer l’origine de ce programme Icope ?

Sandrine Andrieu Entre 2017 et 2019, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a commencé à développer le programme « Integrated care for older people » (Icope) pour prévenir la perte d’autonomie. L’objectif était de proposer des outils simples qui ne demandent pas de technicité et pas forcément le recours à des médecins étant donné que le programme doit être déployé sur tous les continents. Avec d’autres chercheurs du CHU de Toulouse et de l’IHU HealthAge de Toulouse, j’ai participé à ces travaux. Sous la conduite du professeur Bruno Vellas, le programme Icope a d’abord été mis en place en Occitanie.

Comment se définit ce programme ?

S. A. Icope se définit par une succession d’étapes. La première, celle qui détermine l’ensemble des opérations, consiste en une évaluation basique, une forme de dépistage. Il s’agit de questionner les individus sur les altérations rencontrées dans les fonctions essentielles pour maintenir l’autonomie. Icope en retient six : la mémoire, la mobilité, la nutrition, la vision, l’audition et le bien-être psychologique.

Qui peut faire passer ces tests ?

S. A. En fait, toute personne qui a suivi une courte formation peut faire passer ce test qui dure 15 à 20 minutes. Dans certaines régions, des facteurs sont chargés de cette mission. Et ce test concerne toute personne quel que soit son âge dans la mesure où elle a plus de 60 ans.

Et alors, quels sont les premiers résultats enregistrés en France ?

S. A. Depuis 2019, la plateforme informatique du programme (Icope Monitor) a enregistré en France environ 85 000 personnes testées, essentiellement en Occitanie, mais pas simplement. Par ailleurs, nous travaillons avec différents pays, notamment les États-Unis (dans l’État du Nouveau-Mexique, dans un contexte de très faible densité de population, et à Singapour, très dense au contraire).

Pour ce qui est de la France, nous constatons qu’une grande majorité de personnes ayant moins de 70 ans présentent des altérations dans deux ou trois domaines. Plus on vieillit, plus les problèmes repérés sont nombreux. Pour un meilleur suivi, le programme Icope préconise de réaliser un test tous les six mois en autoévaluation.

Que se passe-t-il une fois la personne âgée testée ?

S. A. Si l’évaluation simple laisse apparaître des altérations dans au moins un domaine, la personne est orientée vers un professionnel qui va confirmer la présence de l’altération et réaliser des tests plus approfondis, notamment dans les maisons de santé pluridisciplinaires ou des services hospitaliers orientés vers la prévention. En Occitanie, une dynamique régionale soutenue par l’ARS a permis de construire le maillage du territoire en lieux permettant de réaliser ces tests approfondis.

Mais les préconisations à l’issue d’un diagnostic ne sont pas toujours mises en œuvre par les intéressés…

S. A. Vous avez raison, mais ce qui change beaucoup de choses avec Icope, c’est que cette seconde étape s’accompagne d’un temps d’échange avec la personne pour définir ses priorités et la richesse de son réseau social.

Ce temps d’échange permet de définir ce que la personne est prête à faire pour réaliser ses projets, même modestes. Prenons un exemple : une personne souhaite pouvoir prendre ses petits-enfants en vacances. Eh bien si elle rencontre des problèmes de vue, notamment pour conduire, elle va devoir les corriger pour réaliser son projet de vie.

Ces 85 000 personnes déjà testées sont-elles représentatives de la population ?

S. A. Nous avons constaté que les personnes ayant un bon niveau d’éducation participent davantage aux tests. Mais nous avons pris des mesures pour aller vers ceux qui sont plus éloignés de notre programme, par exemple en travaillant avec une structure employant des aides à domicile pour que celles-ci soient les ambassadeurs de la démarche. Nous cherchons également à adapter nos outils de communication en simplifiant les messages.

Venons-en à la troisième et dernière étape…

S. A. En articulation avec le projet exprimé par la personne âgée, un plan de soins et de prévention personnalisé est défini. Les professionnels Icope s’assurent que ce plan est bien suivi en appelant régulièrement les personnes. Cela permet parfois de raccourcir les délais pour consulter un spécialiste. La plateforme Icope repose sur des infirmières qui assurent ce suivi et ces relances afin que les personnes ayant fait le test aillent jusqu’au bout de la démarche.

Avez-vous des premiers résultats de ce programme ?

S. A. Nous disposons de premiers résultats publiés. Sur les 25 000 premières personnes testées, 90 % présentaient une altération dans au moins un domaine et la moitié vivaient seules. Sans le programme, de nombreuses altérations seraient restées sans suivi.

Vous êtes chargée par le gouvernement d’évaluer la stratégie de prévention de la perte d’autonomie. Comment voyez-vous votre rôle ?

S. A.Avec ma collègue Maria Soto Martin, nous devons accompagner cette stratégie. Nous allons travailler avec le centre de ressources et de preuves animé par la CNSA. La science peut éclairer la décision politique… voilà pourquoi nous devons jouer ce rôle de suivi.

Objectif de deux millions de personnes touchées

Ce 23 juillet, le gouvernement donne le coup d’envoi de la généralisation du programme Icope. Toute personne de plus de 60 ans, même si elle n’est pas concernée par une expérimentation (Occitanie, Val de Loire, Auvergne-Rhône-Alpes, etc.), pourra répondre à ce test permettant de repérer les pertes d’autonomie (disponible notamment sur sante.fr).

L’objectif officiel est de faire entrer deux millions de personnes âgées dans le dispositif d’ici 2027. Une campagne de communication est prévue à partir de fin août. De la médiation numérique devrait se déployer en direction des personnes peu à l’aise avec les applications.

Pour l’instant, seule l’étape 1 d’Icope, celle du test basique, est généralisée. La constitution d’un réseau de professionnels recevant les personnes âgées et les suivant sera à l’initiative de chaque département dans le cadre du service public départemental de l’autonomie (SPDA). Aucun financement nouveau n’est annoncé pour l’instant.

Actuellement, il existe trois applications Icope qui vont continuer à exister. À terme, prévoit le gouvernement, ce sera à l’assurance maladie de gérer ce programme autour d’une seule application.

Noël BOUTTIER

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