Article paru dans Le Média Social le 23 juillet 2025
Un rapport parlementaire sur la santé mentale des mineurs revient sur la question essentielle de la prise en charge très insuffisante des difficultés psychologiques des enfants. Parmi ses propositions : mettre en place des maisons d’enfants à caractère social (Mecs) sous la forme de maisons éducatives thérapeutiques.
Déclarée « Grande cause nationale » en 2025, la santé mentale en général, et celle des mineurs en particulier, est un sujet de préoccupation constant.
Quelques jours après la remise d’un rapport sur l’état des lieux de la santé mentale depuis la crise du Covid-19 par des sénateurs au nom de la commission des affaires sociales du Sénat (voir encadré ci-dessous), un rapport d’information sur la santé mentale des mineurs fait au nom de la Délégation aux droits des enfants a été déposé à l’Assemblée nationale, le 10 juillet.
Ce rapport insiste sur la nécessité d’une meilleure coordination des acteurs et propose une cinquantaine de mesures visant à développer la prévention, consolider l’offre existante et renforcer les liens entre sanitaire, médico-social et éducation.
Insuffisances
Le rapport cite le chiffre de la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) de 1,6 million d’enfants et d’adolescents qui souffriraient d’un trouble psychique sur une population de 14 millions de mineurs, ce qui situe la France dans la moyenne des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
S’appuyant sur des enquêtes et travaux, il est ainsi rappelé que « sur la période 2018-2022, la prévalence du risque de dépression a augmenté de 24,2 % à 30,9 % chez les filles (collégiennes et lycéennes) et de 13,4 % à 21,4 % chez les garçons. »
Les rapporteurs déplorent un écart grandissant entre les besoins en santé mentale des mineurs et l’offre de soins, jugée insuffisante, inégale selon les territoires et mal articulée.
Sont notamment pointés les délais – de 12 à 18 mois pour un premier rendez-vous en centre médico-psychologique (CMP) par exemple –, le manque de pédopsychiatres et de soignants, l’offre hospitalière réduite et faiblement compensée par le secteur ambulatoire, la complexité du parcours de soins, la saturation des urgences, ou encore le recours excessif aux psychotropes.
Renforcer le secteur et la coordination des soins
Le rapport insiste sur la nécessité de coordonner l’offre de soins et d’en renforcer les équipes tout particulièrement dans les CMP.
L’offre de soins devrait en particulier être plus sectorisée en s’appuyant sur un réseau (médecins généralistes, maisons des adolescents, CMP…) aux moyens renforcés ainsi que sur des structures à créer telles que des centres de crise adossés aux urgences pédiatriques et aux hôpitaux psychiatriques.
Chaque secteur devrait également compter au moins une équipe mobile pour le développement des visites à domicile avec des budgets fléchés de l’agence régionale de santé (ARS).
Surreprésentation des jeunes de l’ASE
Les auteurs déplorent en particulier des défaillances dans la coordination des soins lorsque les jeunes relèvent de différents acteurs, comme c’est le cas des enfants confiés à l’aide sociale à l’enfance (ASE), « surreprésentés dans la file active de patients atteints de troubles psychiques sans pour autant bénéficier de soins au long cours ».
À ce titre, ils proposent de mettre en place des maisons d’enfants à caractère social (Mecs) « sous la forme de maisons éducatives thérapeutiques (MET), dispositifs mixtes mêlant soin et hébergement ».
Articuler les différents secteurs
La mission d’information formule par ailleurs plusieurs propositions pour « mieux articuler les secteurs sanitaire, social, médico-social et éducatif ».
À ce titre, elle suggère notamment d’ouvrir une réflexion avec les professionnels sur la pertinence et les modalités d’une possible transformation des centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP) en structures sanitaires.
Les CMPP ont actuellement le statut de services médico-sociaux, financés par l’assurance maladie et relevant de la compétence tarifaire exclusive du directeur général de l’ARS.
Attractivité des métiers
Le rapport plaide pour un financement pérenne de la psychiatrie et une revalorisation des consultations de pédopsychiatrie. Il est notamment recommandé de privilégier les dotations pluriannuelles plutôt que les appels à projet qui sont lancés chaque année, en dernier lieu par une instruction du 26 juin 2025.
La formation des professionnels du soin doit également être repensée dans le domaine large du soin psychiatrique et infirmier spécialisé en direction des jeunes.
Le rapport recommande aussi de mieux former les médecins généralistes et les pédiatres à ces questions, notamment aux souffrances précoces des jeunes enfants.
Améliorer la prévention et la qualité des soins
La prévention commence par les femmes enceintes et les jeunes parents qui sont eux-mêmes aux prises à des difficultés de santé mentale.
Les auteurs insistent sur la nécessité d’une régulation de l’environnement numérique et sur les risques liés à l’exposition aux écrans et aux réseaux sociaux.
Concernant les soins, il s’agit notamment de privilégier les soins thérapeutiques plutôt que la prescription de psychotropes.
Les propositions des sénateurs
Sans surprise, le rapport du Sénat rejoint les conclusions de celui rédigé par les députées : « la dégradation de la santé mentale est une tendance de fond » et les troubles psychiques chez les jeunes « explosent ».
Les sénateurs formulent une vingtaine de recommandations visant à « répondre aux difficultés de la psychiatrie et améliorer le repérage et la prise en charge des troubles psychiques ».
Par exemple, ils proposent d’augmenter le nombre de professionnels exerçant en CMP, « en priorisant les territoires où les délais d’attente sont les plus longs » ou encore de favoriser les interventions à domicile, grâce notamment aux équipes mobiles spécialisées.
Certaines propositions concernent plus spécifiquement les enfants protégés, comme renforcer la présence des psychologues parmi les effectifs de l’ASE.
Yann FAVIER, Professeur de droit privé à l’université Savoie Mont-Blanc et Virginie FLEURY (encadré)



