santé mentale et prévention spécialisée

La prévention spécialisée se penche sur la santé mentale des jeunes

Article publié dans La média social le 13 novembre 2024

Que peuvent faire les éducateurs de rue face aux dépressions et troubles anxieux de plus en plus marqués dans la jeunesse ? La question a été posée par la Cnape lors de son colloque sur la prévention spécialisée. Et les travailleurs sociaux, avec ou sans psychologues de rue, ont de quoi les aider.

Certes, la prévention spécialisée est un « levier essentiel », comme l’a aimablement souligné Agnès Canayer, la ministre déléguée à la Famille, venue introduire le colloque annuel de la Cnape consacré à ce secteur.

Et certes, ces 13 et 14 novembre à Paris, la fédération de protection de l’enfant a voulu explorer tout ce que pouvaient apporter les éducateurs de rue pour « éclairer l’avenir d’une jeunesse en perte de repères ».

Au-delà de la psychiatrie

Mais que peuvent bien proposer des travailleurs sociaux pour améliorer la santé mentale des jeunes ? À cette question posée en filigrane, lors de la première journée du colloque, une précision est déjà livrée par Aude Caria, la directrice du site d’information Psycom : la santé mentale n’est pas un domaine réservé des soignants.

Dans son sens moderne, la notion dépasse les maladies de la psychiatrie, pour englober plus largement tout « un continuum, du bien-être mental jusqu’aux troubles psychiques ou à la dépression ».

Les conditions de vie en jeu

Or les ressorts de la bonne santé mentale ne sont pas étrangers au travail social. Certes, ce bien-être intérieur s’enracine dans des « ressources psychologiques et individuelles » propres à chacun. Mais les « compétences relationnelles », « l’estime de soi » ou les aptitudes à communiquer y comptent, notamment.

En outre la santé mentale se nourrit également d’un « contexte politique et sociétal » et d’un « tissu relationnel et socio-économique », plus ou moins propices aux troubles psychiques.

Et quelles conditions de vie s’avèrent les plus néfastes à la santé mentale ? Toutes les situations de violence, y compris sexuelles ou intrafamiliales, mais aussi les discriminations et le racisme, les harcèlements scolaires, ou encore les usages problématiques d’internet et des réseaux sociaux, répond Aude Caria.

Et sur toutes ces questions, évidemment, les éducateurs spécialisés ont prise. « Vous n’êtes pas soignants mais vous pouvez prendre soin », conclut la directrice de Psycom.

Des indicateurs dans le rouge

Or si les données manquent encore sur la santé mentale des jeunes, les quelques indicateurs désormais disponibles, depuis l’épidémie de Covid, virent déjà au rouge. Ainsi selon l’Étude nationale sur le bien-être des enfants (Enabee), lancée en 2022, 13 % des élèves des classes élémentaires « présentent un trouble probable de santé mentale ».

L’Unicef France a également pu le mesurer avec sa sixième « consultation nationale des 6-18 ans », dont les résultats doivent être dévoilés le 19 novembre. « Le sentiment de solitude s’avère beaucoup plus fort qu’avant », annonce déjà Sarah Ben Smida, du programme de santé mentale de l’association. L’enquête doit aussi mettre au jour une honte toujours plus forte à aller consulter un psychologue.

Approche novatrice

La prévention spécialisée peut donc avoir son rôle à jouer pour la santé mentale des jeunes des quartiers. Et pour les éducateurs de rue qui en douteraient encore, une table ronde a été organisée par la Cnape pour mettre en lumière une « approche novatrice » : celle des binômes composés avec des psychologues de rue, particulièrement dans le Nord et le Pas-de-Calais.

« Aujourd’hui toutes les associations de prév’ de la région ont au moins un psychologue en rue », rapporte Johnny Herbin, directeur de l’Association de prévention spécialisée nationale (APSN). Ces professionnels permettent « aux gamins de s’accrocher à des accompagnements thérapeutiques et parfois à des orientations ».

Mais ils apportent aussi « aux éducs un autre regard sur le lien et sur l’attachement », les travailleurs sociaux les nourrissant, en retour, « notamment sur l’aller-vers ».

Oppressions

Au terme d’une « action-recherche » menée par l’APSN dans le Nord depuis octobre 2023, Johnny Herbin regrette que ces postes de psychologues de rue reposent sur des financements précaires et temporaires, « ce qui est antinomique avec le besoin de suivi de longue durée ».

Or dans les quartiers, les jeunes subissent des « oppressions qui aboutissent à des traumas et des souffrances », confirme-t-il à son tour.

Olivier BONNIN

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