Article publié dans Le Média Social le 4 novembre 2024
Dans un court essai, deux dirigeants des Petits frères des pauvres expliquent comment améliorer l’accompagnement des personnes âgées au quotidien. Ils donnent des pistes pour une politique audacieuse, pas forcément coûteuse, des communes. Par exemple, associer le portage des repas et des livres, ou accompagner les proches en cas de décès.
Et si on prenait au sérieux tous les enjeux du vieillissement de la population ? C’est sur la base de cette conviction que Yann Lasnier, délégué général des Petits frères des pauvres, et Boris Venon, ancien directeur des affaires institutionnelles de l’association, ont écrit « Bien vieillir – 50 solutions pour les territoires » qui pourrait devenir le livre de chevet des élus municipaux et des citoyens impliqués dans la vie de leur communauté.
Retraites moins généreuses
Les auteurs partent d’un triste constat : « Le manque de conscience et le niveau d’impréparation de la puissance publique dans son ensemble à accueillir cette vague de vieillissement et en faire une chance plus qu’une contrainte laissent songeur. » Ils regrettent également une « fragmentation des politiques du grand âge ».
Même s’il ne peut être question pour les auteurs de souhaiter un effacement de l’État, c’est à l’échelon local que beaucoup d’enjeux du vieillissement doivent être pris en compte, comme le souligne également un récent rapport du Sénat. Après des décennies marquées par une amélioration de la situation matérielle des personnes âgées, la tendance pourrait bien s’inverser, craignent Yann Lasnier et Boris Venon.
« Les futurs retraités, écrivent-ils, présenteront des carrières avec des périodes d’inactivité plus nombreuses, fruit de l’augmentation du taux de chômage à partir des années 70. » Concrètement, les risques d’isolement des plus âgés pourraient s’en trouver accentués.
Réseaux de vigilance
Chaque chapitre est construit de la même façon : un résumé de la problématique telle qu’elle se pose aujourd’hui, suivi de quelques pistes ou initiatives concrètes. On est bien loin d’un livre de recettes (si elles existaient, cela se saurait…). « Les solutions que nous avançons ne sont pas toutes de nature à peser sur les finances des collectivités territoriales », précisent les auteurs.
La question épineuse de l’isolement, cheval de bataille des Petits frères des pauvres, est largement abordée. Diverses initiatives sont citées : maraudes sociales, permanences des services publics dans des locaux associatifs, bibliothèques itinérantes, réalisation d’examens médicaux dans des véhicules, etc.
La méthode choisie est très importante : « il est souvent plus efficace d’entamer un travail plus fin de repérage des plus isolés en construisant des réseaux de vigilance qui s’appuient sur les associations, les commerçants et les agents de proximité (les facteurs, par exemple). »
Devoir d’accompagnement
Très souvent, la survenue de la mort dans un couple très ancien est d’une « brutalité rare » pour le survivant qui doit se dépêtrer d’innombrables difficultés du quotidien. Cela accroît les fragilités et le risque de perte d’autonomie. D’où cette proposition iconoclaste : « Les communes sont déjà responsables du service public funéraire : pourquoi ne pas étendre ce champ de compétences et y inclure un devoir d’accompagnement des proches en cas de décès ? »
Espace public, habitat, sport, culture, transports… les deux auteurs montrent que notre organisation sociale doit être repensée au regard du vieillissement de la société. Il ne s’agit pas simplement d’une opération technique pour s’adapter à des critères de lenteur, de facilité d’usage. Il faut intégrer des principes essentiels comme le refus de la segmentation par l’âge et l’objectif intergénérationnel.
Portage de repas et de livres
Un accent particulier est donné à l’accès à la culture. « Les seniors ne peuvent être considérés uniquement comme des corps à soigner, à nourrir et à habiller, et leurs maisons et appartements comme de simples espaces à entretenir et à nettoyer. La vie, c’est aussi d’y faire pénétrer la culture, les arts, la lecture, le cinéma, l’activité physique », écrivent les auteurs.
Pourquoi ne pas expérimenter le couplage du portage des repas avec celui des livres et revues ? Sans oublier de renouer avec la pratique du théâtre en appartement.
Vite, Icope !
La question de la prévention de la perte d’autonomie est au cœur des réflexions, avec notamment le programme Icope (Integrated care for old people) mis en œuvre en France par le CHU de Toulouse. « Sa généralisation sur l’ensemble du territoire est fréquemment invoquée par le ministère de la Santé et des Solidarités. Reste à passer des intentions aux actes », s’agacent les deux responsables des Petits frères des pauvres.
Face à la nécessité de contrôler la dépense publique, les auteurs croient beaucoup à « une véritable hybridation des solutions ». Et d’expliquer : « La mise en synergie du salariat, du bénévolat, du volontariat, de l’aidance familial et de l’engagement familial sera bien plus efficace qu’une logique en silo, voire une attitude de défiance entre acteurs. »
Bien vieillir, Yann Lasnier et Boris Venon, éd. Les Petits matins, 15 €.
Un big bang pour le domicile
Sur la question du maintien à domicile des personnes âgées, les auteurs ne cachent pas leur inquiétude sur la pérennité des structures qui interviennent quotidiennement, sept jours sur sept. « Construire ce fameux virage domiciliaire sur des fondations aussi fragiles que celles montrées par la situation actuelle des acteurs du domicile est a minima une gageure, au pire une folie », écrivent les auteurs qui en appellent à un « véritable big bang ».
Noël BOUTTIER



