Prévention des risques Aid'Aisne

Prévention des risques dans l’aide à domicile : l’association Aid’Aisne met le paquet

Article publié dans La Média social le 8 janvier 2025

Dans l’Aisne, un département en grande difficulté, l’association Aid’Aisne a mis en place, voici dix ans, un programme ambitieux pour prévenir les risques professionnels aussi bien dans les logements des bénéficiaires que dans les pratiques des aides à domicile.

« Une personne handicapée, chez qui j’interviens, m’a dit récemment : ‘ça se voit que tu as fait la formation’ ». Malgré sa discrétion, Donatelle Muller ne peut cacher sa satisfaction d’avoir suivi la formation « prévention des risques liés à l’activité physique dans le secteur sanitaire et médico-social » (Prap), homologuée par l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS).

Après un enchaînement de petits boulots, elle a été embauchée voici trois ans par l’association d’aide à domicile Aid’Aisne. « Je veux m’améliorer dans mon travail et connaître plein de nouvelles choses. Ce job, je ne le fais pas pour gagner de l’argent », précise-t-elle.

Qualité de vie au travail

Cet engagement en faveur de la qualité de vie au travail n’est pas nouveau dans cette structure importante (370 salariés, soit 270 ETP) dirigée par le très engagé Dominique Villa, qui couvre une bonne partie de ce département picard.

« La démarche de prévention a commencé dès 2015, raconte Peggy Ferry, aujourd’hui responsable des parcours professionnels. Nous avons fait appel à un ergonome pour travailler sur une démarche de prévention. Mais on s’est rendu compte que si on formait les encadrantes et non les intervenantes de terrain, cela ne servait pas à grand-chose. »

Trente équipes autonomes

Année après année, le dispositif de prévention des risques et d’amélioration de la qualité de vie au travail s’est peaufiné. Organisées totalement en équipes autonomes (trente actuellement), les coordinatrices de parcours combinaient, pendant un moment, leur travail d’intervenantes de terrain et la mission de sensibilisation des équipes aux enjeux de la sécurité au travail.

« Les coordinatrices me disaient qu’elles manquaient de temps pour faire tout ce travail de prévention, explique Peggy Ferry. L’absentéisme avait diminué, mais pas dans les proportions souhaitées. »

Sept coordinatrices de parcours

Dans un second temps, Aid’Aisne a fait le choix de spécialiser sept aides à domicile pour qu’elles deviennent des coordinatrices de parcours, chargées chacune de suivre quatre ou cinq équipes autonomes. Ces coordinatrices ont plusieurs missions, dont celle de se rendre dans les domiciles où doivent intervenir les aides à domicile.

Un habitat inadapté aux personnes âgées ou handicapées peut également être dangereux pour les professionnelles. Rappelons que l’accidentologie dans l’aide à domicile est largement supérieure à celle dans le bâtiment.

Intervention d’une ergothérapeute

« Lors de chaque entrée d’un nouveau bénéficiaire, j’effectue une visite au domicile d’une à deux heures pour analyser aussi bien les questions de sécurité du logement que des questions comme la nutrition », raconte Audrey Sanyas, l’une des coordinatrices. Et si la situation est trop compliquée, l’ergothérapeute qui a été embauchée voici cinq ans se rend au domicile.

À temps plein pour Aid’Aisne, Mathilde Durieux se partage entre la visite des domiciles « compliqués » et la formation des salariés. L’outil magique pour réaliser ces visites, c’est ADEL, une application élaborée par trois structures membres de la fédération UNA. Celle-ci va documenter l’ensemble des caractéristiques du logement et permettre à l’ergothérapeute, souvent à distance, d’établir un diagnostic. 

1 500 visites de domicile

« Cet outil numérique utilisé via une tablette permet de déployer le maximum de préconisations, précise Mathilde Durieux. Lors de la seconde visite, la coordinatrice de terrain propose des solutions pratiques permettant aux personnes de rester chez elles. Et deux ou trois semaines plus tard, il y a une dernière visite pour contrôler la mise en œuvre des améliorations. »

Mais les coordinatrices ne sont pas là pour sanctionner. « L’autre jour, se rappelle Audrey Sanyas, j’ai vu qu’une vieille dame était perdue par rapport à ce qu’on lui demandait de faire. Alors j’ai appelé le bailleur social et les artisans pour réaliser les aménagements souhaités. » Déjà 1 500 nouveaux usagers ont bénéficié de cet outil.

Un soutien, pas une sanction

Évidemment, la démarche d’amélioration de la qualité de vie au travail ne se limite pas au logement des personnes accompagnées. La structure accorde une grande importance à la formation des aides à domicile. « Chaque nouveau salarié, lors de son embauche, passe une demi-journée avec l’ergothérapeute », raconte Caroline Darras.

Cette coordinatrice de parcours depuis un an explique être disponible pour ses collègues : « En fonction des difficultés d’intervention ou parfois des retours des familles, j’accompagne le professionnel au domicile pour essayer de trouver des solutions. » Et elle précise : « Ce n’est pas vécu comme une sanction. »

Formation de quatre jours

Pour aller au plus près des réalités, Aid’Aisne a commencé en 2024 à former un professionnel par équipe autonome à cette culture de la prévention des risques. Une douzaine de personnes ont déjà été formées pendant quatre jours.

« Deux jours, explique l’ergothérapeute, sont consacrés à bien connaître les différents matériels pour faciliter la mobilité afin de prendre soin de l’autre et de moi. Les deux autres jours sont centrés sur l’étude de situations dangereuses avec l’obligation de trouver des solutions. » Une salle, au siège de l’association à Saint-Quentin, a été entièrement aménagée pour permettre le maniement de divers matériels.

Le risque est partout

Tout comme Donatelle Muller, David Gomes a été certifié début décembre. Lui qui vient de la restauration travaille pour Aid’Aisne depuis plus de trois ans. Ce qu’il aime dans le métier ? Être « le confident sur qui le bénéficiaire va se reposer ».

Il a beaucoup apprécié cette formation qui lui « apporte du poids devant les familles pour leur proposer une autre solution dans leur habitat. » Et Donatelle ajoute : « J’ai compris, lors de cette formation, que chaque chose qu’on fait présente un risque. »

Illustration de l’intérêt porté par de plus en plus de salariés à cette démarche préventive : « Nous avons décidé de former une seule personne volontaire par équipe autonome. Or, nous avons reçu plus de candidatures que de postes ouverts », raconte l’ergothérapeute.          

Comment on finance 

Selon le directeur Dominique Villa, cet engagement sur la prévention des risques représente un coût global d’un dixième du budget. Comment faire ? « Pour s’en sortir, poursuit-il, il faut trouver 10 % de recettes supplémentaires. Depuis 2018, nous constatons une augmentation d’activité de 50 % et en parallèle une baisse de 50 % de l’absentéisme et des accidents de travail. Entre 2019 et 2024, le taux d’accidentologie est passé de 3,8 % à 2,05 %. »

Chaque aide à domicile bénéficie en moyenne de 30 heures de formation par an. Le fait d’avoir un taux important (68 %) de salariés à temps plein réduit les coûts car il est plus économique de former un temps plein que deux mi-temps.

Mais ce modèle économique pourrait être remis en question en 2025. La décision du département de réduire sa prise en charge va obliger Aid’Aisne à demander une contribution aux bénéficiaires. « Nous avons augmenté notre activité de 18 % en 2024. Cela ne sera plus possible en 2025 ». De quoi fragiliser un bel édifice qui a pourtant fait ses preuves.

Noël BOUTTIER

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