Article parue dans Le Média Social le 20 janvier 2026
Face aux difficultés croissantes des établissements et services sociaux et médico-sociaux à obtenir des financements publics, la recherche de fonds privés est une piste que le secteur ne peut plus négliger. Une journée consacrée aux ESSMS et à la culture d’entreprendre était organisée mi-décembre pour explorer des solutions concrètes et lever les résistances.
Baisse des financements, tensions financières accrues, attentes sociales nouvelles nécessitant des investissements… diversifier les ressources devient indispensable pour les établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESMS) afin de renforcer leur pérennité et leur autonomie financière.
Cela passe par la recherche de financements privés (mécénat, dons, etc.), le développement d’activités pouvant générer de nouvelles ressources ou encore la mutualisation de moyens entre associations ou établissements.
Ne pas être effrayé par la culture d’entreprise
En partenariat avec l’Institut régional du travail social (IRTS) de Talence en Gironde, l’Uriopss Nouvelle-Aquitaine a organisé le 16 décembre une journée consacrée aux ESSMS et à la culture d’entreprendre. Le forum a rassemblé des professionnels du mécénat, du droit et du médico-social, certains témoignant de leurs expériences récentes.
Premier constat : aller chercher des financements privés fait encore peur aux ESSMS, qui craignent d’y passer beaucoup de temps pour peu de retours, de devenir dépendants, de rogner sur leurs valeurs ou de voir baisser encore plus les financements publics…
« Ce sont des questionnements légitimes. Mais je peux vous dire qu’il est très rare qu’un établissement revienne en arrière quand il a diversifié ses ressources. Arrêtons d’être effrayé par la culture d’entreprise… elle n’est d’ailleurs pas réservée qu’à l’entreprise », a souligné Fabienne Ségala, directrice d’une agence de conseil et de formation en mécénat et fundraising, Le Cercle Jaune, à Bordeaux.
Car aujourd’hui, l’ensemble de la société évolue par rapport à ces questions : les collectivités elles-mêmes réfléchissent à d’autres moyens de financement, et les entreprises sont considérées comme des acteurs politiques sur leur territoire, avec une responsabilité sociétale. La création de société à mission se développe.
Définir collectivement les valeurs
Avant de commencer concrètement à diversifier ses ressources, plusieurs étapes sont nécessaires. « Nous avons pris le temps de retravailler notre projet associatif et de définir les projets nécessitant des financements. Cela répond aussi au besoin de « pouvoir d’agir » de l’équipe », a témoigné Nathalie Cazenave, directrice de l’association Cheval Bleu (protection de l’enfance) dans les Pyrénées-Atlantiques.
L’association a financé le projet de réhabilitation d’une maison avec des fonds privés – qui ont même permis d’obtenir un complément du public. Les fonds privés servent à financer ce qui est hors budget de fonctionnement.
Pour mener à bien une diversification, « il est nécessaire d’embarquer ses équipes, de se poser pour réfléchir au projet souhaité pour sa structure – ses valeurs, qui l’on est, ce qui nous différencie d’un autre établissement – et d’établir un catalogue de projets compatibles avec ce type de financement dont la pérennité n’est pas assurée. Cela reste un partenariat et il faut animer la relation, en gardant la main, pour qu’elle dure dans le temps », a résumé Barbara Clouté, directrice de Bordeaux Mécènes Solidaires.
Cette association accompagne les entreprises dans leur politique de mécénat tout en soutenant des projets locaux.
« Social washing »
Dans le secteur médico-social, la notion de cohérence et d’alignement aux valeurs est essentielle pour les équipes, qui peuvent craindre du « social washing » par les entreprises : à chaque établissement d’ajuster les curseurs avec les potentiels donateurs.
Pour l’association Cheval Bleu, « il y a eu des rencontres-clés, avec des gens partageant nos valeurs et ayant envie de participer à l’intérêt général à travers nous », a indiqué Nathalie Cazenave. Des secteurs sont plus « vendeurs » que d’autres en termes de mécénat – comme le handicap ou les troubles autistiques.
« C’est un peu plus compliqué pour l’aide sociale à l’enfance… nous n’insistons pas sur la vulnérabilité des enfants, mais sur le fait qu’ils ont le droit d’avoir une vie d’enfant. Les mécènes ne connaissent pas ce public », a-t-elle ajouté.
Ouvrir l’établissement sur l’extérieur
« Les équipes adhèrent à l’idée de diversifier les ressources lorsqu’elles en comprennent l’utilité. Notre objectif est d’ouvrir l’Ehpad à la ville : nous avons créé une crèche en 2024, un café associatif ouvert à tous en 2025, et nous avons d’autres idées, comme accueillir des étudiants », rapporte Nicolas Brugère, président (entre autres) de l’association gérant l’Ehpad Village Terre-Nègre à Bordeaux.
« Certaines activités ne sont pas financées par les subventions publiques. Nous avons reçu des dons spontanés, ce qui nous a montré le potentiel des fonds privés. Notre Ehpad – qui est à l’équilibre financier – est une association à but non lucratif reconnue d’utilité publique, c’est un avantage pour recevoir des dons », a-t-il détaillé.
Ouvrir son établissement à l’extérieur, c’est aussi l’objectif de Thierry Schauner, directeur de l’Ehpa Maison Saint-Vincent en Dordogne, géré par une association à but non lucratif. Face à d’importantes pertes de subventions, le directeur souhaite développer l’accueil hôtelier sur le domaine (déjà effectif depuis quelques années) et la restauration pour les touristes afin de générer de nouveaux revenus.
Des campagnes de communication sont en cours, et le directeur envisage de créer des manifestations sur site pour faire connaître cette activité. Autres pistes de diversification pour les ESSMS : le mécénat de compétences ou en nature.
Se faire aider
Dans tous les cas, patience et persévérance sont indispensables avant de commencer à recevoir des fonds – tout comme la nécessité de tout border juridiquement et fiscalement.
Se faire aider peut être précieux. « Nous avons demandé à des professionnels de nous aider à développer cette partie financement. En interne, des membres se forment à ce qu’est le mécénat », a indiqué Nicolas Brugère. C’est notamment la mission des « collecteurs de fonds » (fundraisers).
L’Uriopss a par ailleurs établi un nouveau partenariat avec la société bordelaise ABF Décisions pour accompagner des acteurs privés dans leur projet d’investissement mais aussi faciliter l’accès aux aides publiques, comme le Fonds européen de développement régional (Feder).
Laetitia BONNET



