Comment se mettre dans es clous ?

Quelques réflexions inspirées des retours de formation

Les angoisses des professionnels, encadrants de services autonomie

Au cours de mes formations, j’entends souvent : « Le décret du 13 juillet 2023 est confus. Je ne comprends pas ce qui change pour moi. A quoi faut-il s’adapter ? »

Je rencontre des responsables de services qui se disent très angoissés par la réforme des services autonomie, qui ont peur de passer à côté d’une nouvelle obligation essentielle. La plupart se sentent complètement abandonnés par leur(s) tutelle(s) et ne trouvent pas de réponses à leurs questions. D’autres enfin, se voient imposer des listes de documents à créer et à fournir (avec menaces de retrait d’autorisation à l’appui si les délais ne sont pas respectés), alors que le temps manque juste pour gérer le quotidien.

Une des grandes angoisses des responsables de services autonomie est de voir que juste derrière la conformité à satisfaire pour le 30 juin 2025, les échéances de l’évaluation HAS va tomber. Cela fait une grosse charge mentale et une charge de travail incommensurable. Car il faut absorber tout cela en plus de la gestion du quotidien !

Rendre les services solubles

Au cours de mes formations, certains responsables de SSIAD tentent : « Vous croyez vraiment que ça va se mettre en place ? Ne va-t-on pas s’arrêter à des conventions simples entre SAD « aide » et SSIAD, tant ces ‘’mariages forcés’’ semblent impossibles ? Quelle plus-value peut-il y avoir à faire à tout prix un service unique pour l’aide et le soin ? »

Non, je ne crois pas, non.

En 1970, une loi a séparé le social de l’hôpital, en 1996 le législateur a séparé le sort des personnes âgées de celui des personnes handicapées… Puis le législateur s’est aperçu que le silotage de l’accompagnement était fortement nuisible à la personne accompagnée. Alors, il y a eu la loi de 2002, puis toutes celles qui ont suivi depuis plus de 20 ans et qui vont toutes dans le même sens : respect du droit des personnes, une prise en compte global de leur parcours de soin et de vie, un objectif de désinstitutionalisation lorsque cela est souhaitable avec une prévalence du droit commun et de l’inclusion, et une nouvelle injonction à coopérer entre secteurs d’activités.

Dans le médico-social, le secteur des enfants handicapés a déjà opéré sa mue, ce qui est appelé en langage marchand : « la transformation de l’offre ». L’objet est de rendre les prestataires souples et agiles, perméables et interopérables. C’est-à-dire, de considérer une personne à accompagner selon ses besoins/demandes/attentes et non seulement ce que l’on peut lui proposer en interne.

Le secteur médico-social est en pleine transition vers cette logique qui prévaut pour la personne, en tentant de sortir d’une logique de place (ESSMS par ESSMS). Donc oui, la tendance est lourde à vouloir lever les silos, à coconstruire ensemble des accompagnements agiles, les plus adaptés possibles à chaque bénéficiaire et famille.

Passer d’un établissement à l’autre, d’un service à l’autre c’est toujours une rupture dans le parcours de la personne, fusse-t-il bien préparé. Il s’agira toujours de deux identités et deux cultures différentes.

Il suffit d’échanger avec des professionnels ou des usagers d’ex SPASAD fonctionnant en service intégré, pour comprendre la pertinence à mettre en commun l’organisation du travail, à mutualiser des professionnels, des formations, des plannings d’intervention, et à hisser le « travailler ensemble » en complémentarité et en travail d’équipe.

Je pense que s’il doit y avoir évolution, ce sera au niveau du rapprochement des modes de financement et de tutelle de ces deux formes de prestation. Mais le cap est donné -maladroitement, certes- pour une fusion des services et un rapprochement des pratiques.

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De la difficulté d’écrire et de décrire ses pratiques.

Changer son organisation et ses pratiques pour en introduire de nouvelles, nécessite de formaliser ce que l’on vise et de prouver au financeur que l’on a bien compris et intégré les nouvelles dispositions sur lesquelles les nouveaux services autonomie sont attendus.

Le secteur social et médico-social est bien connu pour être avant tout porté par l’oralité. La parole est effectivement un des véhicules de l’accompagnement social et médico-social : on écoute, on rassure, on interroge, on conseille, etc. Il n’est donc pas nouveau de dire que la traçabilité et la formalisation des pratiques ne sont pas le fort des professionnels.

Le secteur sanitaire a pris de l’avance dans le domaine de la traçabilité : Si c’est tracer, c’est que c’est faire (ou inversement). Certains soins ou mesures de prévention impose l’application de protocoles rigoureux. Le secteur social lui, reste sur l’interaction comme outil de communication privilégié et rechigne à décrire des pratiques. Cette carence de traçabilité ferait apparaître le praticien comme un amateur s’orientant au doigt mouillé.

L’intuition et le bon sens sont nourris d’années d’expérience, de réflexions croisées, de lectures. Le positionnement professionnel s’est forgé avec le temps. On a appris à écouter, on a aussi appris à se taire, à prendre en compte la parole de l’autre et à se mettre à la « bonne » place pour lui permettre d’avancer. Comment formaliser tout ça ? Difficile de faire et de se voir faire pour se décrire.

C’est pourtant, à mon sens, ce qui peut faire grandir en professionnalité : être capable de dire ce que l’on fait quand on le fait. L’exercice d’écrire sa pratique n’est pas moins que cela. Il permet l’analyse, la mise à distance et donc la réflexivité. Il permet aussi d’ancrer ses pratiques et de valoriser ce que l’on fait mais que l’on ne savait pas savoir faire.

Il est quelquefois difficile d’être le nez dans le guidon -ou les mains dans le cambouis- et de lever le nez pour prendre ce temps du pas de côté. Il est parfois encore plus compliqué de trouver le temps du passage à l’écrit.

Et vous, quel rapport avez-vous avec la formalisation de vos pratiques ?

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